Les Norvégiens l’avaient presque oublié. Depuis deux ans et dix mois, le mollah Krekar, alias Najmeddine Faraj Ahmad, 58 ans, purgeait sa peine de prison loin des micros et des caméras. Réfugié en Norvège en 1991, l’islamiste originaire du Kurdistan irakien avait été condamné en 2012 pour avoir proféré des menaces de mort contre l’actuelle chef du gouvernement, la conservatrice Erna Solberg, et trois Kurdes. Le 25 janvier, au petit matin, il a retrouvé la liberté. Et depuis, on ne parle plus que de lui. Car le mollah Krekar représente une sacrée épine dans le pied du gouvernement norvégien. Les experts ont beau assurer qu’il a perdu son influence pendant son incarcération, son CV parle de lui-même : cofondateur du groupe islamiste fondamentaliste kurde irakien Ansar al-Islam, il figure sur la liste noire des terroristes dressée par l’ONU.
En 2003, le gouvernement norvégien avait ordonné son expulsion, estimant qu'il représentait une menace pour la sécurité du royaume. L'arrêté avait été confirmé quatre ans plus tard, par la Cour suprême du pays. Mais Oslo a dû renoncer à l'expulser, ne pouvant garantir sa sécurité en Irak. Depuis, la situation n'a pas changé. D'où le malaise des autorités norvégiennes, très soucieuses de respecter la loi, y compris dans le cas de l'encombrant mollah Krekar. Car, comme le souligne le quotidien Aftenposten, «la lutte contre les extrémistes doit être menée sur la base du droit, avec les mesures dont une société démocratique peut se prévaloir». Le mollah Krekar a finalement été placé dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, dans le village de Kyrksaeterora, à plus de 500 km au nord de la capitale, avec interdiction de quitter la commune. Or sa femme travaille à Oslo et le plus jeune de ses quatre enfants y est scolarisé. Ses avocats ont donc décidé de faire appel. Ils dénoncent une violation du droit à la vie de famille, garanti par la Constitution norvégienne et la Convention européenne des droits de l'homme.
Mi-janvier, la leader du parti populiste Fremskrittspartiet, désormais ministre des Finances, Siv Jensen, a provoqué un tollé en annonçant qu'elle était pour le placement en détention du mollah, jusqu'à son éventuelle expulsion. Des propos jugés «malheureux et totalement inacceptables» par des juristes du royaume. Parmi ceux qui s'inquiètent de sa remise en liberté : l'écrivain kurde Mariwan Halabjaee, réfugié en Norvège depuis 2006, et sous le coup d'une fatwa prononcée par le mollah en 2008. Dans une interview à Dagensavisen, l'homme, qui vit sous protection policière, dit craindre pour sa vie. Depuis l'attentat contre Charlie Hebdo à Paris, les menaces le visant sur Internet ont encore augmenté.




