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Libération

En Suède, des citoyens en force contre l’islamophobie

Publié le 12/02/2015 à 19h26

Surfant sur la critique croissante de l’islam en Suède, ils espéraient rassembler plusieurs centaines de personnes dans le centre de Malmö, lundi, pour la première marche Pegida organisée dans le royaume. C’était sans compter avec la mobilisation massive des contre-manifestants : au moins 5 000 personnes, selon la police, ont tenu à dire leur solidarité avec les musulmans (qui sont entre 400 000 et 500 000 en Suède), un mois après une série d’attaques contre des lieux de culte.

A Eslöv, petite ville du sud de la Suède, l'imam Samir Muric montre les dégâts causés par l'incendie qui s'est déclenché, durant la nuit du 29 décembre, dans la salle de prière de l'association culturelle musulmane. Dans la pièce, située au sous-sol d'un immeuble dans un quartier résidentiel, une langue noire sur le mur indique l'endroit d'où le feu est parti. Un voisin, réveillé en pleine nuit, a tout vu : «Trois hommes ont jeté quelque chose par la fenêtre puis sont partis en courant.» L'incident a d'autant plus marqué les esprits qu'il n'est survenu que quatre jours après un premier incendie dans la mosquée d'Eskiltuna, à l'ouest de Stockholm. 70 personnes étaient à l'intérieur ; cinq ont été blessées. Un troisième lieu de culte a été victime d'une attaque au cocktail Molotov le 1er janvier. Et, depuis les attentats de Paris, les incidents se sont multipliés.

«Le sentiment antimusulman a quitté Internet pour gagner la rue et il est plus fort que jamais», assure Omar Mustafa, président de l'organisation Islamiska Förbundet. L'inquiétude est telle que le gouvernement (verts et sociaux-démocrates) a débloqué 3 millions de couronnes pour renforcer la sécurité des lieux de culte musulmans et juifs - les attaques antisémites s'étant également multipliées. «Dans les années 90, nous avions un parti parlementaire qui propageait un message antimusulman et des mosquées qui brûlaient», rappelle Daniel Poohl, rédacteur en chef du magazine antiraciste Expo. Le discours venant de l'extrême droite n'a pas changé mais leur formation - les Démocrates de Suède - est aujourd'hui la troisième force politique du royaume (13% des voix). «Le risque est que plus ils progressent, plus le sentiment islamophobe devienne acceptable», observe le journaliste.

A Eslöv, Samir Muric garde espoir. L'imam de 25 ans anime sur Internet un site d'information sur l'islam et vient d'être élu à la présidence de l'association culturelle : «Les anciens, qui sont arrivés comme réfugiés, avaient besoin d'un endroit pour se retrouver entre eux et prier. A nous, les jeunes qui leur succédons et qui sommes nés en Suède, d'ouvrir les lieux de culte, de montrer qui nous sommes et de nous engager dans la société. Plus les gens seront informés, plus la peur reculera.»

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