La vitrine est brisée, des emballages et des détritus sont éparpillés sur le sol. Les pillards ont tout vidé, même les étagères et les ampoules ont été emportées. Un peu partout dans Soweto, le township de Johannesburg symbole de la lutte contre l'apartheid, les mêmes façades béantes de boutiques dévastées. «Nous ne voulons plus des étrangers : ces Somaliens, ces Pakistanais, ils pensent qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent ici, mais nous en avons assez», lâche un homme d'une soixantaine d'années qui ne cache pas avoir participé aux pillages. «C'est de la nourriture, pourquoi se priverait-on ?» dit-il en riant. Des femmes avec leurs enfants, des lycéens et même, selon certains témoignages, des policiers, tous se sont servis lors de la curée.
Tout a commencé lundi 19 janvier, lorsqu'un adolescent de 14 ans a été abattu par un commerçant somalien alors qu'il aurait tenté de dévaliser son magasin. Sa mort a entraîné la colère des résidents du quartier qui ont, en représailles, pillé les commerces tenus par des étrangers. Les violences se sont ensuite étendues à d'autres banlieues pauvres de Johannesburg ; et au moins une centaine de boutiques, principalement des petites épiceries, ont été dévalisées. Un bébé a été piétiné par la foule et deux hommes ont été abattus par un commerçant. Des pillages qui semblent avant tout opportunistes. Mais, en Afrique du Sud, le spectre des violences xénophobes de 2008, qui avaient fait plus de 60 morts, est toujours là. «La situation s'est apaisée, mais il y a toujours régulièrement des attaques contre des étrangers et il suffit de peu de chose pour déclencher ces violences, dit Johan Burger, de l'Institut des études de sécurité de Pretoria. Là où la situation pourrait s'aggraver, c'est si les incidents se multiplient et se produisent simultanément à tellement d'endroits différents que la police ne peut plus assurer une présence suffisante.»
A Alexandra, un autre township historique de Johannesburg, situé à proximité du quartier des affaires, quelques incidents ont eu lieu fin janvier. «Dans la nuit, un groupe d'hommes a brûlé des pneus devant mon magasin, dit Erme, un Ethiopien qui vit en Afrique du Sud depuis trois ans. Ils ont aussi essayé de forcer le volet pour entrer mais j'ai appelé la police et ils sont partis.» A Alexandra, la plupart des commerces tenus par des étrangers restent ouverts. Mais tous sont sur leurs gardes et se disent prêts à prendre la fuite.




