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Libération
Vu de Berlin

Le SPD et la CDU embarrassés par une affaire de pédophilie

Publié le 23/02/2015 à 19h36

C’est un procès bien embarrassant pour le Parti social-démocrate (SPD) allemand. Ce lundi ouvrait à Verden, en Basse-Saxe, le procès de Sebastian Edathy, député SPD du Bundestag entre 1998 et 2014, accusé d’avoir acheté du matériel pornographique pédophile via le serveur canadien Azov. Edathy s’était fait un nom en dirigeant d’une main de maître la commission d’enquête parlementaire sur la NSU, une cellule terroriste d’extrême droite qui a assassiné une dizaine de commerçants turcs et grecs entre 2000 et 2006 sans être inquiétée. Ce fils d’un pasteur indien et d’une Allemande était connu pour dénoncer aussi bien le racisme dans la police que le manque d’efficacité des enquêteurs. Alors qu’il était promis à un brillant avenir politique, les observateurs s’étonnaient que son nom ne figure pas sur la liste des secrétaires d’Etat de la nouvelle majorité CDU-SPD à l’automne 2013.

Puis, en février 2014, Edathy démissionnait de toutes ses fonctions par surprise. Quelques jours plus tard, des perquisitions étaient menées chez lui et dans ses bureaux. L'affaire Edathy - qui allait éclabousser jusqu'aux instances dirigeantes du SPD - venait d'éclater : son nom figure sur un fichier clients du serveur de matériel pédopornographique Azov, sur lequel enquête un pool international de police. Un ordinateur portable du Bundestag contient quantité de photos de garçons nus. Le «matériel» est estimé «à la limite de la légalité» par le procureur.

«Je n'ai rien fait d'illégal», répète inlassablement celui qui, lynché par la presse populaire, a dû fuir à l'étranger. De fait, la législation allemande n'interdit pas l'achat de photos d'enfants ou d'adolescents nus, type photos de famille prises sur la plage. Mais Sebastian Edathy s'est-il contenté d'une pédophilie «légale» ? Ses ordinateurs attestent qu'il a détruit quantité de documents avant la perquisition de février 2014. Et c'est là que l'affaire devient embarrassante pour le SPD : Edathy assure avoir été prévenu du scandale imminent par des proches de la direction du parti, eux-mêmes informés par le ministère de l'Intérieur, aux mains de la CDU. Le parti d'Angela Merkel a prévenu le SPD pour éviter que le député ne figure sur la liste des secrétaires d'Etat du gouvernement et éviter un scandale pour les débuts de la coalition. Sebastian Edathy encourt deux ans de prison. Le SPD risque, lui, d'en sortir amoindri. Son rôle dans l'affaire est au centre d'une commission d'enquête parlementaire qui se déroule en parallèle du procès.

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