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Libération
EDITORIAL

Criminel

Publié le 02/03/2015 à 20h16

Le prix à payer pour leur abnégation reste trop élevé : démission, licenciement, vie personnelle brisée… Ces lanceurs d’alerte qui un jour ont décidé que le bien commun valait plus que leur propre existence doivent se sentir bien seuls, quand nous devrions collectivement les remercier. Mal protégés et mal récompensés, ils n’ont guère de raison objective de vouloir changer le cours des choses.

Le plus emblématique, Edward Snowden, vit terré en Russie, sous la menace d’une expulsion vers les Etats-Unis qui lui en veulent à mort d’avoir révélé des programmes de surveillance masssive. A l’origine des révélations de WikiLeaks en 2010, Chelsea Manning (née Bradley) a supporté sur ses frêles épaules un scandale qui aurait pu le conduire à la peine de mort.

Et il y a tous les autres, moins connus, sans qui les affaires d’UBS, des éthers de glycol, de HSBC… n’auraient pas vu le jour. Aux Etats-Unis, on veut bien protéger ceux qui dénoncent des abus financiers susceptibles de rapporter des milliards au fisc. Mais dès lors qu’on touche à la sûreté de l’Etat, le lanceur d’alerte devient criminel. En France, la procédure de protection est complexe et incomplète. Elle se heurte à des réticences, notamment le respect du droit des affaires, rempart pratique pour la délinquance en col blanc. Alors que ce devoir d’alerte - auquel n’importe quel salarié peut être confronté - ne souffre pas d’exception : à l’image de la liberté d’expression, le «oui, mais» n’existe pas.

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