C'est un mécanicien de l'US Army, stationné en Allemagne, envoyé en Irak pour une première mission en 2004 et qui déserte le 11 avril 2007 pour ne pas retourner sur les bords de l'Euphrate où il serait amené à «participer à des crimes de guerre». Depuis huit ans, Andre Shepherd tente d'obtenir l'asile politique en Allemagne pour échapper à la peine de prison qui menace tout déserteur aux Etats-Unis. Son cas passionne en Allemagne où l'opinion, majoritairement antimilitariste, avait refusé le soutien de la Bundeswehr au grand frère américain.
Andre Shepherd a 27 ans lorsqu'il est envoyé en Irak pour une première mission de six mois. Mécanicien sur les hélicoptères Apache, il ne quitte pas le camp Speicher, près de Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein. Chaque jour, il voit les appareils décoller et revenir sans leurs munitions. Il conclut que «les Américains n'ont rien à faire en Irak où ils ne se battent pour protéger ni le peuple américain ni la population civile irakienne». Lorsque l'US Army veut le renvoyer en Irak en 2007, le mécanicien déserte, caché par des amis allemands. Il demande l'asile politique en novembre 2008. Aucun n'avait demandé l'asile, mais des dizaines de soldats américains ont déjà déserté de leur base allemande «pour ne pas avoir à appliquer des ordres» qui feraient d'eux «des criminels de guerre». «Les Apache, dit Shepherd, ne pourraient pas tuer des innocents si le personnel au sol ne les entretenait pas.» Sa demande est une bombe à retardement pour la République fédérale : l'accepter équivaudrait à reconnaître que les Etats-Unis ont commis des crimes de guerre en Irak.
En 2011, sa demande d'asile est rejetée. Soutenu par plusieurs associations antimilitaristes, l'ex-soldat salarié d'une société informatique allemande saisit le tribunal administratif de Munich. Lequel demande à la Cour de justice européenne comment interpréter la directive européenne sur le statut de réfugié. Selon l'arrêt de la Cour rendu le 26 février, la directive couvre les refus comme le sien «lorsque le service militaire supposerait de commettre des crimes de guerre». Il suffit que «la réalisation de tels crimes soit plausible» pour que le droit d'asile s'applique. Le tribunal de Munich devra décider si l'armée américaine a ou aurait pu commettre des crimes de guerre en Irak : c'est un peu embarrassant.
Plusieurs arguments plaident contre Shepherd : il s’est engagé volontairement dans l’US Army en 2003, et a prolongé son contrat après sa première mission en Irak. Mais le repenti tardif a aussi des éléments à sa décharge, notamment le fait que les Etats-Unis ont débuté la guerre en Irak sans mandat explicite de l’ONU.




