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Interview

Romain Caillet : «Mes positions sur le Hezbollah ont été de plus en plus critiquées»

Romain Caillet, chercheur installé au Liban et spécialiste de l'islamisme, a été expulsé de Beyrouth dimanche. Il revient sur les motivations «ridicules» de cette décision.

L'aéroport international de Beyrouth en 2008. Romain Caillet y a passé vingt-neuf heures dimanche, avant de partir pour Paris. (Photo Joseph Barrak. AFP)
ParThomas Abgrall
Correspondant à Beyrouth
Publié le 04/03/2015 à 12h33

Alors qu’il souhaitait retourner au Liban, Romain Caillet (photo DR), chercheur associé à l’Institut français du Proche-Orient à Beyrouth, a été interdit de séjour dimanche. Alors qu'il travaille depuis plus de quatre ans à Beyrouth et est consultant sur les questions islamistes, la Sureté générale le soupçonnerait de

«liens avec le terrorisme».

«Une accusation ridicule»,

selon le chercheur.

Comment s’est déroulée votre expulsion du Liban ?

Samedi soir, de retour d’un séjour à Casablanca (Maroc), les douaniers libanais m’ont demandé de me ranger sur le côté lors du contrôle des passeports. Cela fait six mois que la même scène se reproduit mais, à chaque fois, j’ai pu rapidement entrer sur le territoire libanais. Je disposais d’un titre de séjour valable jusqu’en août 2015, en ma qualité d’expert auprès de la mission culturelle à l’ambassade de France. Après trois heures d’attente, j’ai été emmené dans la zone de refoulement de l’aéroport. Dimanche après-midi, on m’a notifié mon expulsion du territoire sans aucune explication. L’ambassade de France a présenté une requête au directeur de la Sureté générale pour autoriser mon entrée au Liban, mais celle-ci est restée sans suite. Après vingt-neuf heures passées à l’aéroport, je me suis finalement envolé pour Paris.

Une source anonyme à la Sureté générale a affirmé à l’AFP que votre expulsion était motivée par vos «liens avec le terrorisme». Que répondez-vous ?

C’est une accusation ridicule, très vague et passe-partout. J’aurais aussi bien pu être accusé d’être un espion israélien, cela n’a aucun sens. Je travaille depuis quatre ans et demi au Liban sur les mouvements jihadistes et, dans le cadre de ma recherche à l’Institut français du Proche-Orient, j’ai interrogé diverses personnalités salafistes comme Omar Bakri, le cheikh Ahmad al-Assir ou des jihadistes libanais. Ces entretiens remontent pour certains à plusieurs années. La semaine dernière, j’ai tenté de rentrer en contact, via leurs comptes Twitter, avec deux jihadistes influents pour réaliser des interviews par Skype, mais de manière tout à fait officielle. Je n’ai rien à cacher. Depuis six mois, mes enquêtes de terrain étaient plus limitées. Je me contentais surtout de répondre à des interviews ou d’écrire des articles, notamment sur le mouvement jihadiste de l’Etat islamique.

Quelles sont selon vous les raisons de votre expulsion ?

J’ai régulièrement dénoncé dans des articles, des interviews ou sur les réseaux sociaux, l’emprise du Hezbollah sur les institutions libanaises. Et, ces derniers mois, mes positions ont été de plus en plus critiquées par des milieux francophones proches de ce parti. Un avocat libanais m’a même indirectement accusé d’appeler au meurtre dans mes tweets. J’ai commencé à faire l’objet d’une campagne hostile en novembre 2013, à la suite de la publication d’une tribune sur Mediapart, où j’écrivais que le régime iranien incarnait un nouvel impérialisme aux yeux d’une grande partie des populations sunnites du Moyen-Orient. En décembre, j’ai aussi publiquement remis en cause les déclarations de l’armée libanaise, qui avait affirmé à tort avoir arrêté la femme d’Abou Bakr al-Baghdadi. L’armée reste encore un sujet très sensible au Liban.

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