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Libération

L’Allemagne face à l’afflux de migrants du Kosovo

Publié le 10/03/2015 à 21h16

L'Allemagne est confrontée à un afflux de demandeurs d'asile en provenance du Kosovo. Quelque 27 000 Kosovars sont arrivés au cours des deux derniers mois, contre 7 000 en 2014. Chaque semaine, ils franchissent à pied la frontière entre la Serbie et la Hongrie, direction Munich. Des familles entières, avec ou sans vieillards, des groupes de jeunes garçons, tous issus d'un même village, des personnes malades et, de plus en plus, des personnes diplômées qui ont laissé appartement et emploi dans l'espoir d'une vie meilleure en République fédérale. «Certains se sont présentés l'hiver dernier, avec un passeport serbe ou macédonien, et reviennent cette année avec un passeport kosovar et un enfant de plus, constate Elisabeth Ramzews, de l'association Innere Mission. Nous avons même des gens qui reviennent tous les hivers, qui n'ont chez eux ni eau chaude ni chauffage, et qui préfèrent passer l'hiver dans nos hébergements d'urgence, en attendant d'être expulsés, plutôt qu'au Kosovo.»

Beaucoup d'entre eux, qui avaient reçu un asile provisoire du temps des guerres en ex-Yougoslavie, parlent même allemand. Leurs dossiers sont pourtant presque toujours rejetés : seul 1% des migrants kosovars reçoivent un permis de séjour ; 0,3% de ceux qui se sont présentés depuis le début de l'année. «Lorsque leurs dossiers sont rejetés, la plupart quittent le pays en deux jours, pour ne pas risquer d'avoir dans leur passeport un tampon leur interdisant tout séjour en Allemagne», explique Elisabeth Ramzews. Débordés par cet afflux, les ministres de l'Intérieur des Länder ont décidé, mi-février, d'accélérer la procédure d'examen des dossiers kosovars, avec comme objectif que les demandes soient traitées en deux semaines seulement, au lieu de plusieurs mois à l'heure actuelle, appel du déboutement compris.

La Bavière voudrait aller plus loin, et faire inscrire le Kosovo sur la liste des pays dits «sûrs», comme la Serbie, la Macédoine et la Bosnie, depuis l'automne. Les demandes en provenance de ces trois pays n'ont pratiquement plus aucune chance d'aboutir. Le flux, pourtant, ne tarit pas. L'ambassade d'Allemagne à Pristina est convaincue que des bandes de passeurs sans scrupules incitent les plus miséreux au voyage, répandant la rumeur que l'Allemagne accueillerait les nouveaux venus avec un chèque de bienvenue et des emplois, et organisant en bus le trajet jusqu'à la frontière. Plusieurs politiciens bavarois ont pris la route, pour Pristina cette fois, au cours des dernières semaines, répétant sur tous les tons à leurs interlocuteurs de dissuader les Kosovars au départ, puisqu'ils n'ont «aucune perspective» de pouvoir rester sur le sol allemand.

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