Un vent de glacial souffle sur l'est de l'Europe, toujours plus inquiet de la politique menée par le Kremlin dans l'est de l'Ukraine, un an après l'annexion de la Crimée. «Le monde démocratique n'a pas encore vraiment compris le changement opéré en quinze ans par le régime Poutine», clame Vytautas Landsbergis, l'architecte de l'indépendance lituanienne qui, mercredi, pour le 25e anniversaire de sa proclamation, accuse le président russe «de poursuivre un programme clair, en vue de rétablir l'empire soviétique». Des accents de guerre froide.
Le Kremlin veut reprendre le contrôle de son «étranger proche», c'est-à-dire de l'ex espace soviétique. Les propos récurrents de Vladimir Poutine sur la vocation de Moscou à protéger les minorités russes de pays voisins, illustrent cette stratégie. D'où la préoccupation de la Lettonie, où plus d'un tiers de la population est d'origine russe, ou de la Moldavie (lire page suivante).
Pilier. Membres de l'Union européenne et de l'Otan, protégés de ce fait par l'article 5 du traité garantissant l'assistance à tout membre de l'Alliance atlantique attaqué, les pays Baltes veulent être rassurés. L'administration américaine y déploiera pour trois mois 3 000 soldats, dont le premier contingent est arrivé lundi. Début février, l'Otan a pris la décision de renforcer la défense de son flanc oriental en créant une nouvelle force de 5 000 hommes, rapidement mobilisables, et six «centres de commandement» en Europe de l'Est. «L'Alliance atlantique regagne de sa crédibilité au fur et à mesure que les bruits de bottes et les menaces militaires s'intensifient autour de l'Europe», explique Dominique David, directeur exécutif de l'Ifri, rappelant que l'Otan reste plus que jamais le pilier en matière de défense pour les Européens. Des manœuvres de l'Alliance ont aussi commencé en mer Noire, alors même que Washington accuse la Russie de massivement militariser la Crimée et d'y installer des systèmes de défense sol-air et des missiles de croisière. Moscou a annoncé, mardi, mettre fin à sa participation au Groupe consultatif commun, la dernière instance veillant au respect du traité sur les Forces conventionnelles en Europe, dans laquelle elle était représentée.
Dans ce climat tendu l'administration américaine a encore durci le ton. «Même si l'Ukraine bâtit une nation pacifique, démocratique et indépendante sur 93% de son territoire, la Crimée et l'est de l'Ukraine sont sous le règne de la terreur», a déclaré, mardi, la secrétaire d'Etat américaine adjointe pour l'Europe, Victoria Nuland, dénonçant un «conflit fabriqué, contrôlé par le Kremlin, alimenté par des chars et des armes lourdes russes, financé par les contribuables russes». La veille, le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond avait accusé Moscou de «saper fondamentalement la sécurité des nations souveraines de l'est de l'Europe».
Assistance. «Les Etats-Unis raisonnent encore beaucoup en fonction de concepts datant de la guerre froide dans une Europe qui a beaucoup changé, même si la Russie mène des actions inacceptables», analyse Dominique David,soulignant que les Européens - notamment Paris et Berlin - ont un rôle d'autant plus important à jouer qu'il n'y a pas «d'alternative à la négociation en s'y montrant ferme». Barack Obama, François Hollande et Angela Merkel ont, à l'unisson, promis la semaine dernière «une réaction forte» en cas de rupture majeure du cessez-le-feu dans l'est de l'Ukraine. Les approches restent sensiblement différentes des deux côtés de l'Atlantique sur la stratégie à mener face à Moscou. Et les «28» sont divisés. Certaines capitales, comme Londres ou Varsovie, campent sur une ligne dure et prônent une assistance militaire à Kiev afin de lui donner les moyens de sa défense. Paris y reste opposé mais sa position évolue. Manuel Valls est en Pologne avec l'espoir, côté français, de promouvoir des contrats d'armements dont une commande de 70 hélicoptères multirôles pour 2,5 milliards d'euros. La Pologne se sent aussi un pays de première ligne.




