Mgr Kaigama, 57 ans, archevêque de Jos et président de la Conférence des évêques du Nigeria, achève dimanche une tournée en France - en compagnie notamment de l'archevêque catholique de rite latin de Bagdad - auprès des communautés catholiques, appelée «La Nuit des témoins». Cette visite est organisée par l'association Aide à l'Eglise en détresse (AED).
Comment expliquez-vous l’expansion de Boko Haram dans le nord du Nigeria ?
Selon moi, le pouvoir fédéral n’a jamais pris au sérieux la volonté hégémonique de la secte. Pas plus qu’il n’a jamais cru au pouvoir de nuisance terrible de ce groupe qui allait grossir, jusqu’à déstabiliser les trois Etats du Nord et mettre en danger l’équilibre de la sous-région. Aujourd’hui, ce que nous voyons jusqu’au Niger, à travers les attentats, ce sont pour moi des éléments inspirés par Boko Haram qui se sont infiltrés et qui le prennent en modèle. C’est cela qui est très inquiétant.
Qu’attendez-vous de l’élection présidentielle du 28 mars ?
Qu’un homme donne une espérance à ces populations musulmanes qui souffrent et que nous puissions à nouveau dialoguer. Qu’un leader enfin surgisse et prenne à bras-le-corps ce problème qui met en danger le Nigeria et tous les pays voisins. Je pense que le Président, Goodluck Jonathan, n’a jamais cru qu’un groupe, qu’il pensait simplement armé de machettes, allait conduire le Nord vers le chaos. Or, aujourd’hui, il semble découvrir, bien tardivement, que Boko Haram possède des réseaux bancaires, des armes lourdes et autrement plus sophistiquées que des couteaux. Le grand chantier du nouveau leader sera de combattre Boko Haram, mais une victoire contre la secte passera aussi par la lutte contre la corruption qui gangrène le pays.
Comment pratiquer sa foi quand on risque l’enlèvement ou l’assassinat ?
Vivre au Nigeria, quand on est pauvre, est déjà un défi. Vivre avec la violence en est un autre. Les gens sont confrontés à ces deux menaces en permanence. Vous savez, la mort peut frapper à tout instant : je traverse la rue, une voiture arrive et me fauche… La foi se raffermit dans l’épreuve, et donc dans un pays qui fait chaque jour cette expérience de la pauvreté et de la violence. En fait, on se sent touché par la foi des premiers martyrs. Et quand les gens autour de moi souffrent, je souffre aussi. C’est pour cela que je n’ai pas voulu vivre entouré de gardes du corps, cela ferait de moi un prisonnier et, en plus, cela effraie les gens.




