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Interview

Jean Jouzel: «Il y a aura des cyclones encore plus violents»

Des maisons balayées par le cyclone Pam, le 15 mars, près de la capitale du Vanuatu. (Photo Unicef Pacific. AFP)
Publié le 15/03/2015 à 18h46

Jean Jouzel, climatologue, vice-président du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), explique la formation et la puissance du cyclone Pam.

Les prédictions ont-elles permis de sauver des vies ?

Je pense que oui, même si, au dernier moment, le cyclone a dévié vers Port-Vila, la capitale. Quand des vents d’une telle intensité, de 300 km/h, balayent un littoral, les dégâts sur les biens seront de toutes les manières considérables. Je pense toutefois que la capacité de prédiction des trajectoires des cyclones a permis d’alerter les populations et d’éviter trop de tragédies. Les gens se sont réfugiés et cela a amoindri le bilan humain. Mais pour les pertes matérielles, on ne peut pas faire grand-chose contre une telle puissance. Cela dit, la prévention est quand même la clé de la diminution des pertes humaines.

La fréquence des catastrophes est-elle liée au réchauffement climatique ?

On reste toujours très prudents sur ces grands cyclones. D’abord, c’est une région où il y a des cyclones de force 5, comme Pam, à peu près tous les cinq ans. C’est toujours difficile d’affirmer que leur rythme augmente si le climat devient plus chaud. Mais il y a une relation entre la température de la mer et la génération de tels cyclones. Bien entendu, il faut introduire d’autres paramètres concernant les vents en altitude mais, globalement, selon les projections du Giec, il y a une menace non pas d’avoir plus de cyclones, mais des cyclones encore plus violents. Et ceci avec des dégâts associés qui risquent d’être encore plus lourds.

Pourquoi les cyclones sont-ils plus violents avec le réchauffement climatique ?

Si on se dirige vers un réchauffement de 4°C, l’océan, lui, se réchauffe de 3°C. La température de la mer joue sur la génération des cyclones. C’est en effet la quantité de vapeur d’eau qui produit toute cette énergie au moment de l’évaporation. Il y a certes d’autres facteurs et contraintes, notamment en termes de vents en altitude. On peut donc en déduire intuitivement que dans cette zone du Pacifique, plus il y a de vapeur d’eau, plus il y a d’énergie qui va se libérer. D’où l’intensité croissante de ces cyclones et des précipitations qui leur sont associées. Je tiens toutefois à rester prudent, car on hésite toujours à attribuer directement un événement comme celui-là au réchauffement climatique.

Plus un cyclone est puissant, plus il se déplace lentement. Pourquoi ?

C’est vrai, mais cela dépend aussi de la configuration des vents. Et la puissance ne signifie pas un déplacement rapide, car de tels cyclones doivent prendre le temps d’accumuler de la vapeur d’eau. Puis cette énergie libérée va créer la dévastation. Les dégâts sont aussi causés, notamment sur ces îles, par des dépressions énormes qui forment de très grosses vagues. A cela s’ajoutent des pluies violentes. Dans l’archipel du Vanuatu, tout s’est combiné : vapeur d’eau, vagues, vents violents. Dans l’intérieur des terres, les dégâts sont certainement moindres, mais c’est le littoral qui a souffert énormément. Et c’est aussi là que sont installées les populations.

Cette zone du Pacifique est-elle très surveillée ?

Il y a beaucoup de relevés satellitaires qui changent la donne par rapport à il y a vingt-cinq ans. Mais on a besoin de mesures de vérifications au sol et, dans ce cadre, les relevés maritimes faits par les bateaux qui croisent dans la zone sont essentiels pour les prédictions.

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