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Poutine relance ses grandes manœuvres

Russie . En déployant soldats et missiles de la Crimée à la Baltique, le Kremlin fait pression sur l’Europe.

A Sebastopol le 17 mars, pour les 1 an de l'annexion russe. (Photo Vasily Batanov. AFP)
Publié le 19/03/2015 à 21h16

Il n'y a pas de guerre froide sans bruits de bottes, grondements de chars ou menaces nucléaires. Après avoir annoncé l'envoi de bombardiers stratégiques en Crimée, prise il y a un an à l'Ukraine, et celui à venir de missiles Iskander (pouvant contenir des têtes nucléaires) dans l'enclave de Kaliningrad, voisine de la Pologne et de la Lituanie, il faut se rendre à l'évidence : plus de 80 000 soldats russes participent en ce moment à des manœuvres d'une ampleur inédite. «Le nombre de soldats impliqués est désormais de 80 000, et le nombre d'avions est passé à 220», a annoncé jeudi le chef d'état-major de l'armée russe.

L'armée russe avait commencé la semaine dernière par déployer 8 000 artilleurs en Crimée et près de la frontière ukrainienne. Dans le même temps, des tankistes s'entraînaient à assiéger une ville dans le centre de la Russie et, en Bouriatie, des unités aériennes s'entraînaient «à répondre de façon pratique à une guerre électronique», selon un porte-parole militaire. Depuis le conflit de 2008 en Géorgie, la Russie met un point d'honneur à s'adapter à la guerre moderne.

Lundi, Vladimir Poutine, qui venait de réapparaître après une dizaine de jours d’absence inexpliquée de la vie publique, a donné l’ordre d’organiser des exercices militaires surprise impliquant le déploiement de bombardiers stratégiques (des Tu-95 et des Tu-22M3) en Crimée ou de 38 000 soldats dans la région stratégique de l’Arctique. Dans la foulée, les soldats des régions centre et ouest du pays ont à leur tour été mis en état d’alerte. Plus de 3 000 soldats ont été envoyés sur l’île de Sakhaline, proche du Japon, dans l’Extrême-Orient russe, où des batteries de missiles anti-aériennes ont été installées.

Une vingtaine de bâtiments de guerre, vedettes, navires et sous-marins sont en route pour la mer Baltique. Ils acheminent des batteries de missiles Iskander-M (qui ont un rayon d’action de 500 kilomètres) dans l’enclave de Kaliningrad. Pour la Première ministre polonaise, la Russie entend faire pression sur l’Europe au moment où celle-ci doit décider de maintenir ou d’alourdir les sanctions adoptées avec l’annexion de la Crimée. Ces mouvements russes dans l’espace de la mer Baltique interviennent alors que les Etats-Unis ont entamé le 9 mars à Riga une opération conjointe de l’Otan («Atlantic Resolve») avec les trois pays baltes, impliquant 3 000 soldats américains et quelque dizaines de chars et hélicoptères blindés. L’opération, dont le but est de rassurer les Etats baltes qui s’inquiètent des ambitions russes depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine, est appelée à durer au moins trois mois. D’autres opérations ont lieu dans la région. Comme celle que mène la Norvège depuis le 9 mars : «Joint Viking» réunit plus de 5 000 soldats près de sa frontière avec la Russie.

Les exercices russes comprennent également le déploiement de soldats en Arménie et dans les régions séparatistes géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Cette dernière a signé mardi avec la Russie un traité d’alliance, un pas de plus vers l’intégration.

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