«A Kiev, la rue est une aventure en soi…» L'architecte Victor Zotov se veut ironique, mais il ne cache pas sa frustration. Marcher dans le centre de la capitale ukrainienne signifie slalomer entre d'énormes voitures stationnées sur les trottoirs, des kiosques plantés de manière anarchique et des trous dans le bitume. Si on ajoute à cela, en hiver, des trottoirs verglacés, peu ou pas déneigés, l'aventure est effectivement au coin de la rue. «C'est une ville de 3 millions d'habitants qui a été pensée selon une idée de grandeur soviétique, pour l'automobile. Pas pour l'homme, peste Zotov. L'administration trouve cela normal. Et avec le temps, les habitants s'y sont faits.»
Si quelqu'un semble ne pas s'en accommoder, c'est Vitali Klitschko. L'ex-champion de boxe, élu maire à la fin mai 2014, entend «changer l'apparence de la ville, en faire une vraie capitale européenne». Lui qui a longtemps habité à Hambourg ouvre des chantiers tous azimuts : il veut endiguer la prolifération des chiens errants, développer l'administration électronique, construire un réseau de pistes cyclables… Et lutter contre le parking sauvage. «Le problème est simple : il y a plus d'un million de voitures en circulation à Kiev, mais 6 000 places de parking seulement», déclarait-il en décembre. Même en y ajoutant les 9 000 emplacements réservés à des logements et entreprises privés, les lacunes du réseau sont criantes. Un plan voté le 22 janvier par le conseil municipal prévoit d'augmenter le nombre de places de parking à 125 000 d'ici à 2020. Et d'instaurer un système de collecte des paiements, qui rapporterait, en 2015, 60 millions de hryvnias (2,4 millions d'euros). «Si les gens peuvent s'offrir des Bentley, des BMW et des Mercedes, ils peuvent payer pour leur parking !» lance le maire.
La plupart des automobilistes paient déjà leur place à des «privés» peu ou pas contrôlés, relèvent les urbanistes. Mais l'argent ne va pas dans le budget municipal. «90% des places sont gérées par des organismes non déclarés, souligne Ivan Sikora, directeur du think tank Open Society Foundation, à Kiev. Le manque à gagner serait d'au moins 360 millions de hryvnias. Alors que la ville est au bord de la banqueroute !» Pour Serhiy Husovskiy, conseiller municipal du parti réformateur Samopomich, le plan du maire n'a rien de nouveau. Le problème, souligne-t-il, c'est «la persistance de schémas traditionnels de corruption. Personne ne sait quelle sera la procédure de sélection du futur constructeur de ces places de parking… C'est inquiétant». Ivan Sikora conclut avec pessimisme : «Vitali Klitschko avait promis "une attaque dévastatrice contre la corruption" : on l'attend encore. Alors, quand il parle de faire de Kiev une ville européenne, je suis sceptique.»




