Ce sont des images qui ont fait plusieurs fois le tour du monde. La scène est la même: une femme ou un homme iranien témoigne des effets pervers des sanctions économiques sur la santé d’un proche. Leur témoignage est souvent un cri de détresse qui dénonce une pénurie de médicaments. Leur colère accuse aussi ces capitales occidentales qui affirment que les mesures de rétorsion liées au programme nucléaire de leur pays ne concernent pas les produits de premières nécessité.
Des sanctions internationales? Peu de pays en ont subi autant que l’Iran depuis 1980. Cette année-là, Washington décide d’imposer des premières mesures de rétorsion après la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979. En tout, une vingtaine de résolutions et autres sanctions bilatérales ont frappé l’Iran au cours de ces trente dernières années. En juin 2013, Hassan Rohani est donc élu président, mais avec une mission: lever les sanctions internationales contre son pays. Il est vrai que depuis décembre 2006, lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU décide d’infliger ses premières sanctions pour forcer le pouvoir iranien à renoncer à son programme nucléaire militaire, la République islamique d’Iran souffre. Et elle souffre d’autant plus que depuis 2008, les Etats-Unis ont redoublé de sanctions, votant six nouvelles mesures contre Téhéran. Sans compter l’Union Européenne, qui elle aussi a introduit un blocus. La défense, le pétrole, la finance, la santé… Pas un secteur de l’économie iranienne n’est épargné. Les dégâts sont tels que les autorités iraniennes ont fini par admettre ce qu’elles niaient jusqu’à présent: une fragilisation de l’économie.
Le pétrole, la clé de voûte
«C'est à partir de 2006, du fait de la crise sur le nucléaire, que les sanctions vont être amplifiées. Et elles frappent d'abord les exportations de pétrole, principale ressource de l'Etat», explique Thierry Coville, professeur d'économie et chercheur à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). A l'instar de nombreux pays de la région, le pétrole est la clé de voûte de l'économie iranienne. En quelques années, la production d'or noir va littéralement s'effondrer: de 4,5 millions de barils par jour en 2007 elle atteint à peine plus d'un million aujourd'hui. Or, selon le FMI, les revenus du pétrole représentaient jusqu'en 2007 près de 60% des recettes du budget de l'Etat. «Quand des sanctions conduisent à un recul de près de 30 % des recettes budgétaires, il s'agit d'actions punitives qui portent sur l'ensemble de la société, et non pas de sanctions ciblées comme a tenté de le faire croire le discours officiel et bien-pensant», estime Thierry Coville.
Car, c’est une mécanique infernale qui s’est mise en marche en Iran depuis près de dix ans. Outre un manque à gagner dramatique pour les recettes de l’Etat, l’effondrement de ventes de pétrole aura asséché les réserves en devises. Et sans devise impossible d’importer ces biens et autres matières premières indispensables pour faire tourner les usines iraniennes, à l’exemple de l’automobile. Pire encore, le manque de devises étrangères, du fait d’une impossibilité d’exporter du pétrole facturé en dollars, réduit mécaniquement, la valeur de la devise iranienne: le rial a perdu 70% contre le dollar. Et plus il se déprécie, plus les Iraniens cherchent à s’en prémunir… Comment? En achetant (si possible) des dollars qui, eux, s’apprécient. Un cercle vicieux qui a mis à genoux toute une économie. Car, une monnaie qui s’effondre, c’est la certitude de déclencher une fièvre des prix affichés en monnaie locale.
Hausse des prix
Dans un pays qui importe l’essentiel de ses produits alimentaires, l’impact sur les produits de premières nécessité (tomates, lentilles, lait, pain, poulet…) est particulièrement sensible. Ces prix se sont envolés de plus de 50% sur fond de récession économique années après années. Or, ce sont les classes les plus pauvres, celles qui n’ont pas le capital suffisant pour se protéger contre la perte de pouvoir d’achat, qui ont subi de plein fouet l’accélération de la hausse des prix. Certes, le salaire minimum (une centaine d’euros) a augmenté. Mais pas au point de couvrir l’inflation.
L’embargo visant à couper le robinet des exportations de pétrole iranien est redoutable. Pas assez au goût des Etats-Unis. A force de «harcèlement» auprès des pays européens, Washington a mis au pas les banques du Vieux continent. Au risque de subir des sanctions financières américaines, toutes (ou presque) ont été contraintes de cesser leurs relations avec des banques iraniennes. Idem pour les entreprises européennes qui se font coter à New York. Au nom de la législation anticorruption américaine, la plupart des grandes entreprises ont cessé toutes relations avec des partenaires industriels iraniens. Une forme d’unilatéralisme américain qui n’a rien de nouveau.




