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analyse

Quel crédit pour l'Iran ?

Malgré l'accord-cadre de jeudi, personne ne se fait d'illusions : le pays n'a pas renoncé à ses ambitions nucléaires.

Des Iraniens devant un kiosque à Téhéran, samedi 4 avril. (AFP)
Publié le 05/04/2015 à 18h48

Malgré ses ambiguïtés et ses limites, l’accord-cadre de Lausanne de mise sous contrôle du programme nucléaire iranien a le mérite d’avoir évité, au moins pour le moment, une rupture entre les Occidentaux et Téhéran qui aurait encore un peu plus déstabilisé un Moyen-Orient en plein chaos. Réelle percée dans le long bras de fer diplomatique commencé il y a douze ans, il constitue le premier pas d’un grand retour de l’Iran sur la scène internationale si, comme prévu, il est finalisé d’ici au 30 juin.

«Certains pensent qu'il faut soit se battre avec le monde, soit se rendre face aux grandes puissances ; nous croyons à une troisième option : la coopération avec le monde», a lancé le président réformiste Hassan Rohani, élu sur son engagement à trouver une solution pour la levée des sanctions étouffant l'économie du pays et qui a bénéficié du soutien du Guide suprême, Ali Khamenei. Ces mots sont ceux que veulent entendre de nombreuses capitales, et en premier lieu l'administration Obama, qui s'est engagée à fond dans ce dossier pour mettre fin à plus de trente ans de rupture diplomatique.

La question de fond n’en demeure pas moins la même : peut-on avoir confiance dans les engagements de la République islamique alors même que depuis le début elle avait toujours menti sur l’ampleur de ses projets nucléaires et de leur caractère clairement militaire ?

Nul ne se fait d'illusions, l'Iran n'a pas renoncé à ses ambitions nucléaires. La relance de son programme pourrait être d'autant plus facile que cet accord, prévu pour une durée de 10 à 15 ans, n'exige plus le démantèlement total de la filière d'enrichissement de l'uranium, comme le souhaitaient au début les «5+1» (les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU plus l'Allemagne), mais seulement sa stricte mise sous contrôle entérinant le droit pour Téhéran de conserver des infrastructures.

Même s’il lui faudra désormais au moins un an pour se doter de la bombe – au lieu de deux à trois mois actuellement –, l’Iran reste un «pays du seuil», confortant ainsi son statut de nouvelle puissance régionale pilier d’un arc chiite qui s’étend de la Méditerranée au sud de la péninsule arabique et au Yémen, en passant par la Syrie et l’Irak.

Dans ces deux derniers pays, il est en première ligne face aux jihadistes sunnites de l'Etat islamique, directement engagé sur le terrain avec de hauts cadres des Gardiens de la révolution, la force d'élite iranienne, favorisant l'émergence de milices chiites, encadrant l'armée de Bagdad et évitant l'effondrement de celle de Bachar al-Assad, dont il est le principal soutien.

L'Iran pourrait-il devenir un allié face aux jihadistes? Cette tentation existe chez certains, notamment à Washington, mais pas seulement, même si l'administration américaine reste est consciente des hauts risques d'une telle option. Miser sur l'Iran serait miser sur un pompier pyromane. Paris en a toujours la conviction et reste d'ailleurs très clairement le pilier de la fermeté occidentale face à Téhéran. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les craintes de nombreux pays voisins avec les risques d'une prolifération incontrôlée dans la région. L'Arabie Saoudite, l'Egypte, les pays du Golfe et la Turquie partagent toujours la même inquiétude de voir l'Iran se doter à terme de l'arme nucléaire. Et aussi Israël, qui se sent le plus directement menacé par la bombe des mollahs.

Au-delà de leurs rodomontades sur une option militaire, à leurs dires toujours ouverte, les autorités israéliennes soulignent la nécessité d'arriver à un accord beaucoup plus clair et contraignant, exigeant notamment qu'il inclute une reconnaissance iranienne «claire et sans ambiguïté du droit à l'existence d'Israël». Le chemin jusqu'à l'accord final reste encore semé d'embûches.

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