Le visage du président turc, Recep Tayyip Erdogan, était tout aussi fermé que celui de son homologue iranien, Hassan Rohani, qui l'accueillait mardi à Téhéran pour une visite officielle de vingt-quatre heures. Le leader islamo-conservateur turc a aussi rencontré le Guide suprême, Ali Khamenei. Jusqu'au dernier moment, la rencontre entre les dirigeants des deux principales puissances émergentes non arabes du Moyen-Orient a été en péril. Téhéran n'avait guère apprécié les propos tenus une semaine auparavant par Erdogan, accusant l'Iran de «chercher à dominer la région» et clamant que «si des forces iraniennes sont déployées au Yémen, en Irak et en Syrie, elles doivent être retirées».
Les réalités économiques poussent les deux pays à une coopération accrue, mais tout les oppose au niveau stratégique. Principale puissance chiite, l’Iran étend de plus en plus son influence en Irak comme en Syrie, où il reste le principal soutien du régime. Si le préaccord de Lausanne sur le programme nucléaire iranien est finalisé d’ici au 30 juin, Téhéran réintégrera pleinement la communauté internationale et son rôle ne fera que croître. A l’opposé, Ankara est le principal soutien de la rébellion syrienne et il appuie aussi la coalition menée par l’Arabie Saoudite qui intervient au Yémen. Mais le rôle régional de la Turquie, pilier sud-est de l’Otan et candidat à l’Union européenne, s’est affaibli ces dernières années, avec une diplomatie toujours plus clairement partisane et son soutien aux Frères musulmans. L’autoritarisme croissant du président turc a en outre entamé sa crédibilité en Europe comme aux Etats-Unis.
«L'isolement de la Turquie est le résultat direct d'une politique extérieure dictée avant tout par des impératifs de politique intérieure», relève Kadri Gürsel, éditorialiste à Miliyet (quotidien libéral), soulignant néanmoins qu'un accord sur le nucléaire iranien et la fin des sanctions internationales constituent une opportunité.
Les deux pays veulent intensifier leurs échanges pour arriver à 30 milliards d’euros par an. Venu accompagné de six ministres, Erdogan a signé mardi des documents de travail, notamment dans le domaine des transports, des douanes et de l’énergie. L’Iran est avec la Russie le principal fournisseur de gaz et de pétrole de la Turquie. Un enjeu essentiel alors même que la gigantesque panne qui, la semaine dernière, a privé d’électricité pendant plusieurs heures plus de la moitié du pays rappelle la fragilité énergétique de la Turquie.




