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Libération

Coups de menton albanais face à l’Europe

Balkans . Tirana et Pristina évoquent une fusion pour inciter Bruxelles à accélérer l’intégration du Kosovo.

Publié le 14/04/2015 à 22h16

La déclaration fut assez alambiquée pour passer à peu près inaperçue de tous sauf des parties intéressées. Le 6 avril, recevant alors le Premier ministre kosovar, Hashim Thaçi, son homologue albanais, Edi Rama, a souligné que l'unification entre le Kosovo et l'Albanie, tous deux peuplés d'Albanais, se ferait un jour ou l'autre, si ce n'était au sein de l'Union européenne, alors d'une «manière plus classique». «Jamais», a rétorqué Belgrade, l'ancienne puissance de tutelle qui a perdu cette province après l'intervention militaire de l'Otan en 1999.

Cette déclaration est essentiellement destinée à faire réagir Bruxelles, qui traîne des pieds quand il s'agit de tenir les promesses faites au Kosovo. «Si l'UE continue de fermer la porte au Kosovo, les deux pays albanais seront obligés de s'unir d'une manière plus classique», a martelé le Premier ministre albanais. Pour son homologue kosovar, Hashim Thaçi, il ne s'agit pas d'une menace ni d'un chantage, mais bien d'un scénario qui pourrait devenir réalité si le Kosovo continuait d'être isolé en Europe. En 2012, quand Bruxelles a accordé le statut de candidat à l'accession à l'UE à la Serbie, a également été promis un rapprochement avec le Kosovo, qui s'est proclamé indépendant en 2008 et dont la souveraineté est reconnue par 107 des 193 membres de l'ONU et 22 des 28 membres de l'UE. La plus attendue des mesures, la libéralisation des visas, n'a toujours pas été réalisée. Et compte tenu de la nouvelle vague d'émigration du Kosovo, que sa population jeune quitte en masse depuis les derniers mois, il y a fort à parier qu'elle ne le sera pas dans l'immédiat.

Le discours de Tirana et Pristina est risqué parce qu’il réveille le mythe de la grande Albanie, auquel la classe politique albanaise du Kosovo a dû officiellement renoncer à la fin des années 90 pour recevoir l’aide des Occidentaux afin d’échapper à la tutelle serbe. Pour la communauté internationale, il n’est plus question d’accepter de changements des frontières dans les Balkans. Belgrade, qui a dû consentir de grands efforts pour normaliser ses relations avec Pristina parce que l’UE le lui demandait, continue de croire que cette grande Albanie demeure l’objectif caché des Albanais, tant à Tirana qu’à Pristina.

C’est sans doute une des raisons pour laquelle la Serbie ne peut pas reconnaître l’indépendance du Kosovo. Cette prise de position d’Edi Rama ne peut que réveiller ces doutes et accroître les tensions dans la région, où le sort de la minorité serbe reste une pomme de discorde entre Pristina et Tirana.

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