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Soyez tranquille, le père Poutine veille au gain

Le Président a promis jeudi un redressement rapide de l’économie.

Vladimir Poutine, lors de l'émission russe «Ligne directe», jeudi, à laquelle il participe chaque année pour répondre aux questions des téléspectateurs. (Photo Alexei Druzhinin. AFP)
Publié le 16/04/2015 à 19h26

Vladimir Poutine a chaussé ses lunettes roses pour rassurer ses concitoyens lors de sa traditionnelle séance de questions-réponses télévisées, jeudi, assurant qu’après des mois de crise, la Russie voit enfin le bout du tunnel. Le Président ne manque jamais cette émission annuelle. Cette fois-ci, il a en a fait une démonstration de patriotisme économique et politique. Sans ignorer complètement la guerre en Ukraine, l’assassinat de l’opposant Boris Nemtsov ou l’annonce de la livraison de missiles S300 à l’Iran, il a choisi de se concentrer sur l’économie où, pour la première fois de l’année, il avait au moins une bonne nouvelle à annoncer.

Sanctions. Aux questions «Sommes-nous en crise ?» et «Combien de temps pouvons-nous supporter les sanctions ?», Vladimir Poutine a fait valoir que «l'inflation avait été réduite» et que le rouble «s'était stabilisé, et même redressé». Au plus bas fin janvier (77 roubles pour 1 euro), la monnaie russe s'est appréciée depuis mars, passant de 68 roubles début mars pour 1 euro à 55 aujourd'hui, dans la foulée du raffermissement du prix du pétrole. «Il ne s'agit pas seulement du pétrole, a surjoué Poutine. Les experts voient que le plus dur est passé. Quand le prix du pétrole est passé de 100 dollars à 50 dollars, la Russie ne s'est pas effondrée.»

Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Selon l'OFCE, le taux de croissance du PIB russe devrait baisser de 3% cette année et de 1% en 2016, des chiffres qui correspondent à ceux de la Banque centrale russe. Malgré ces prévisions sombres, Poutine a expliqué que l'économie se redresserait peut-être «plus rapidement» que les deux ans prévus. Quant aux sanctions, elles auraient finalement eu un effet bénéfique. «Sans les sanctions, nous n'aurions pas introduit les mesures défensives que nous avons dû prendre . […] Les contre-sanctions doivent contribuer à évincer les produits étrangers de nos étals au profit de nos produits nationaux», a-t-il dit, dans une posture de nationalisme économique. Poutine n'a pas promis la fin des sanctions : elles se maintiendront sans doute, a-t-il dit, puisqu'elles sont «purement politiques».

Quand le libéral Alexeï Koudrine, ancien ministre des Finances (2000-2011) entré en dissidence et l'une des personnalités autorisées à poser sa question, a fait remarquer que le système avait épuisé ses capacités et que le pays prenait du retard sur le reste du monde, c'est le président paternaliste qui lui a répondu. Koudrine s'est fait apostropher par l'homme qu'il a servi si longtemps : «Vous aussi avez créé ce modèle. Mais vous proposez de réduire les dépenses et les revenus de la population, alors que pour mener une politique compétente, il faut avoir du cœur et pas seulement une tête, sinon nous retournerions aux erreurs du début des années 90.» «Nous devons penser à la manière dont vivent les gens ordinaires», a dit Poutine alors que le budget russe vient d'être réduit de 10%.

Flagellé. Un beau morceau de populisme dans un pays toujours dominé par son oligarchie et dont le propre président, aux dires de l'homme d'affaires américain Bill Browder, autrefois le premier investisseur étranger en Russie, serait l'homme le plus riche du monde, avec près de 175 milliards d'euros de fortune personnelle (contre 79 pour Bill Gates, le fondateur de Microsoft). Ainsi flagellé en public, Koudrine n'a pu qu'aller se plaindre au site Gazeta.ru pour dire qu'il n'avait «pas de problème de cœur», que l'inflation provoquée par des hausses de salaires supérieures aux gains de productivité «aurait pu être évitée» et que seuls 20 à 30% de son programme avaient jamais été appliqués.

Campant fièrement dans le rôle de père de la nation injustement dénigrée qu'il affectionne, Poutine a affirmé qu'il «n'y aura pas de guerre» entre Russes et Ukrainiens, qui en fait forment «un seul peuple», une formulation qui ne manquera pas d'être vue à Kiev comme un déni de l'identité ukrainienne. Le véritable coupable, on l'a déjà compris, ce sont les Etats-Unis «qui ne veulent pas d'alliés mais des vassaux».

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