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Libération

Deux otages d’Al-Qaeda tués par un drone américain

Bavure. Barack Obama a assumé jeudi la «pleine responsabilité» de la mort d’humanitaires à la frontière pakistano-afghane en janvier.

Publié le 23/04/2015 à 19h56

Alors que les drones américains ont encore tué mardi cinq personnes soupçonnées d’être liées à la branche yéménite d’Al-Qaeda dans le port de Mukalla (sud du Yémen), Barack Obama a reconnu, jeudi, que deux otages occidentaux, un Américain et un Italien, avaient été tués en janvier par erreur à la frontière pakistano-afghane lors d’une opération antiterroriste menée, selon toute probabilité là encore, par des drones.

Le président américain, dans une brève allocution prononcée depuis la Maison Blanche, a déclaré qu'il assumait la «pleine responsabilité» de cette tragédie pour laquelle il a présenté ses excuses : «Je veux exprimer ma douleur et faire part de mes condoléances aux familles de deux otages - un Américain, Warren Weinstein, et un Italien, Giovanni Lo Porto - qui ont été tués de manière tragique lors d'une opération américaine antiterroriste.» Obama a ensuite tenté d'expliquer les raisons de la méprise américaine, à savoir des éléments rassemblés par les services de renseignements après des centaines d'heures de surveillance. Ces informations laissaient penser «qu'il s'agissait d'une base d'Al-Qaeda, qu'il n'y avait aucun civil sur le site et que capturer les terroristes n'était pas possible». L'opération américaine, selon la Maison Blanche, a permis de tuer un autre Américain, présenté comme un des chefs d'Al-Qaeda, du nom d'Ahmed Farouq. Probablement, la frappe du ou des drone(s) est-elle intervenue dans l'agence tribale pakistanaise du Nord-Waziristan, notamment dans les épaisses forêts de la vallée de Shawal, où, en dépit des offensives pakistanaises, perdurent des foyers de talibans pakistanais liés à Al-Qaeda.

Transparence. «Dès que nous avons déterminé la cause de leur mort, j'ai ordonné que l'existence de cette opération soit déclassifiée et rendue publique», a précisé le Président. «Je l'ai fait parce que les familles méritaient de connaître la vérité», a-t-il ajouté, soulignant que les Etats-Unis devaient faire preuve de transparence «dans les bons moments comme dans les moments difficiles». Il s'est enfin engagé à «tirer les leçons de cette tragédie».

Les deux travailleurs humanitaires étaient employés par l’ONG Welt Hunger Hilfe, et s’occupaient de construire des logements d’urgence après des inondations dévastatrices en 2010 au Pakistan, - jusqu’à 21 millions de personnes avaient été touchées. L’Américain, Warren Weinstein, âgé de 73 ans, avait été kidnappé par Al-Qaeda le 13 août 2011 au Pakistan, à son domicile de Lahore. Ses ravisseurs avaient tenté sans succès de l’échanger contre des islamistes détenus aux Etats-Unis. Ils avaient diffusé à deux reprises une vidéo montrant le captif implorant Obama de lui venir en aide. Il disait aussi souffrir du cœur et d’asthme. L’Italien, Giovanni Lo Porto, âgé de 39 ans, avait été kidnappé au Pakistan en janvier 2012 en même temps qu’un Allemand, qui avait été libéré en octobre 2014 à Kaboul, par les forces spéciales allemandes. Le président américain, qui signe chaque opération ciblée menée par des drones, a aussi assuré qu’une autre frappe, en janvier, avait permis d’éliminer Adam Gadahn, un Américain converti à l’islam, qui était devenu l’un des porte-parole d’Al-Qaeda.

Bush. La mort des otages va sans doute relancer la controverse sur l'utilisation de drones (six frappes de drones ou de bombardiers annoncées depuis le début 2015, qui ont tué une cinquantaine de personnes, et cinq autres probables), commencée sous Bush Junior et qui s'est intensifiée sous Obama. Déjà, la femme de Warren Weinstein a critiqué le gouvernement américain pour son assistance «inconsistante et décevante» pendant la détention de son mari.

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