David Cameron a réussi. Il a réussi à relancer la croissance de l'économie de la Grande-Bretagne et à réduire le chômage en proportion. Il a aussi réussi à rendre son pays plus dur et plus inégalitaire. Peut-être était-ce en fait son objectif, même si son projet de «compassionate conservatism» a pu faire un temps illusion. Ce conservatisme-là fut surtout compatissant pour les super-riches… C'est pourquoi l'élection britannique servira de laboratoire. Les orthodoxes du libéralisme y verront un modèle, en oubliant de préciser que la rigueur dont se prévaut Cameron laisse le déficit budgétaire à 5% du PIB, très au-dessus de la moyenne européenne, et que la politique monétaire de la Banque d'Angleterre a précisément rompu avec l'orthodoxie. La gauche remarquera que la baisse du chômage se paie d'un recul de la justice sociale. La campagne d'Ed Miliband a trouvé là des arguments qui ont touché les électeurs britanniques et rendu la reconduction des conservateurs bien plus difficile que prévu, même si rien n'est joué. C'est le défi des gauches européennes : revenir à un taux d'emploi acceptable tout en promouvant un modèle socialement progressiste. On en trouve quelques éléments dans le programme des travaillistes, qui met l'accent sur la santé, l'éducation, le logement, la justice fiscale. Mais il manque toujours au camp du progrès le projet réformiste qui peut faire pièce à l'offensive des libéraux en faveur d'une croissance inégalitaire. Cameron a été efficace mais injuste. Mais si, à l'inverse, la justice freine l'efficacité, la gauche a perdu d'avance.
EDITORIAL
Laboratoire
Publié le 06/05/2015 à 19h46
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