Il est le seul rescapé. Serge Atlaoui a confié il y a peu subir une «torture psychologique». D'abord inscrit pour le peloton d'exécution, son nom avait été retiré de la liste des neuf détenus prochainement fusillés à la dernière minute. Tous ont été tués le mercredi 29 avril, sauf lui.
Et cette torture devait continuer ce jeudi. La cour administrative de Jakarta était censée étudier le recours qu'il a déposé et qui lui avait valu ce sursis in extremis. Le Français condamné à mort pour trafic de drogue y conteste la décision du président indonésien, Joko Widodo, de ne pas lui accorder la grâce présidentielle en janvier. Jeudi matin, la Cour administrative de Jakarta a finalement reporté au mercredi 13 mai l'examen du recours d'Atlaoui, en raison de «l'absence de l'avocate de la défense», portée malade, d'après le président de la cour Ujang Iskandar.
Deux Australiens ont vu leur recours refusé
En mars dernier, la même cour avait rejeté le recours des Australiens Andrew Chan et Myuran Sukumaran, estimant qu'il n'était pas de son ressort de se prononcer sur la grâce du Président. Tous deux ont été fusillés depuis. Sauf surprise, il n'y a donc probablement pas beaucoup à espérer de cette décision.
L'espoir, en revanche, reste permis, selon Raphaël Chenuil-Hazan, directeur d'Ensemble contre la peine de mort (ECPM) : «Nous ne nous attendons à aucun verdict décisif lors de l'audience de la cour administrative qui est toujours prévue pour demain, le jeudi 7 mai, à Jakarta. Cette audience n'est probablement pas la dernière, de nouvelles perspectives juridiques seraient envisageables ensuite pour Serge Atlaoui.»
Notamment pointés du doigt par Laurent Fabius, plusieurs «dysfonctionnements graves» dans le cas Atlaoui pourraient en effet offrir un nouveau sursis au Français. Le ministre des Affaires étrangères estime d'abord que le jugement a été trop rapide : «La décision de la Cour suprême a été rendue en quelques semaines et sans audition des témoins qui auraient pu établir ou non la participation de Serge Atlaoui aux faits pour lesquels il est condamné.»
Surtout, la loi indonésienne prévoit que Serge Atlaoui soit exécuté en même temps que ses cocondamnés. Or le procureur général, Muhammad Prasetyo, a d'ores et déjà prévenu que si son recours est rejeté, il sera exécuté «seul» et «rapidement». Des vices de procédure qui pourraient retarder l'exécution, faute de mieux pour l'instant.




