Quand il a été assassiné le 27 février, l'opposant russe Boris Nemtsov travaillait à un rapport qui devait, preuves à l'appui, démontrer l'ingérence de l'armée russe dans l'est de l'Ukraine. Trois mois après sa mort, ses amis, dont le jeune opposant Ilia Iachine, ont achevé son œuvre en publiant un rapport de 64 pages intitulé Poutine, la guerre.
«La guerre en Ukraine est une guerre non-déclarée, une guerre cynique qui représente un crime contre la nation russe. Poutine restera dans l'histoire comme le président qui a transformé Russes et Ukrainiens en ennemis», s'est exclamé le jeune homme en dénonçant le coût excessif du conflit pour la Russie, qui a dépensé un milliard de dollars en dix mois et perdu 220 soldats en Ukraine.
Témoignages. Le Kremlin, qui nie la présence de troupes russes sur le sol ukrainien, a refusé de commenter la publication de ce rapport. Sur le terrain, les combats ne se sont jamais complètement arrêtés, malgré les deux accords de Minsk, celui de septembre comme celui de février. Lundi, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a même estimé que les séparatistes prorusses, qui contrôlent une bonne partie des régions de Donetsk et de Lougansk, et la Russie avaient accru leurs capacités militaires au point d'être capables «de lancer de nouvelles attaques à très court terme». Dans le rapport publié mardi, les opposants se basent sur des «sources ouvertes», comme des articles de presse ou des témoignages de soldats ou de leurs familles, dont une bonne partie est déjà connue. Le dossier montre que des troupes russes ont été déployées dès août 2014, lors de la contre-offensive qui a fait perdre à l'armée ukrainienne tous les gains territoriaux qu'elle avait enregistrés au cours des deux mois précédents. «Tous les succès majeurs des séparatistes ont été réalisés par les militaires russes», a expliqué Iachine, de la bataille d'Ilovaïsk en août 2014 à celle de Debaltseve en janvier-février 2015. Ces deux batailles ont fait énormément de victimes au sein de l'armée ukrainienne en retraite. C'est là aussi qu'on relève le maximum de pertes russes, 150 en août, 70 en janvier-février 2015.
Enterrements. La présence de troupes russes avait été pour la première fois documentée par des associations de mères de soldats, à la suite d'enterrements dans la région de Pskov, dans l'ouest de la Russie. Le rapport remonte plus loin, avec les préparatifs du Kremlin pour arrimer dès 2012 l'Ukraine à Moscou en infiltrant profondément les services de renseignement et l'armée de ce pays voisin. Il rappelle que le conflit à Donetsk a été initié au printemps dernier par des agents stipendiés par la Russie.




