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Analyse

Etat islamique, la terreur par les symboles

En mettant en scène l'exécution de vingt prisonniers dans le théâtre antique de Palmyre, l'organisation cherche à nouveau à provoquer l'Occident.

Le théâtre romain de Palmyre, en 2008. (Photo Omar Sanadiki. Reuters)
Publié le 28/05/2015 à 11h47

Renouant avec sa stratégie de communication la plus terrifiante et en jouant sur les symboles historiques les plus sanglants, l’Etat islamique (EI) a exécuté jeudi vingt prisonniers dans le théâtre romain de Palmyre, une semaine

, vieille de plus 2000 ans. C’est devant les habitants de la ville que les bourreaux ont tué leurs victimes qu’ils accusaient d’avoir

«combattu au côté du régime de Bachar al-Assad»,

selon les informations de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH, basé à Londres). Alors que l’Unesco et les archéologues craignaient que l’organisation islamiste anéantisse le site antique, comme elle l’avait fait avec celui de Nimrod et la destruction de statues assyriennes au musée de Mossoul dans l’Irak voisin, celle-ci a choisi un autre registre dans la provocation, témoignant une fois de plus qu’elle avait une bonne connaissance de la culture occidentale et qu’elle savait comment la révulser davantage en jouant sur l’émotion populaire. Le théâtre antique où se sont déroulées les exécutions est célèbre dans le monde entier et figurait sur nombre d’affiches et de dépliants touristiques. Avant la guerre civile syrienne, qui a commencé en 2011, quelque 150 000 touristes le visitaient chaque année. D’où l’immense portée médiatique du massacre.

En perpétrant ce nouveau crime de guerre, l’Etat islamique ne cherche pas cette fois à nier l’histoire antique mais à se la réapproprier à sa façon, témoignant de sa capacité à massacrer des prisonniers sur les lieux même qui symbolisaient l’antique domination de la culture gréco-latine. Les soldats exécutés sont ainsi rabaissés au rang de mercenaires de l’Occident et le régime de Bachar al-Assad à celui d’allié de l’Occident. Ce dernier massacre lui permet aussi de rallier et fédérer d’autres groupes jihadistes qui hésitent à le rejoindre et pourraient lui préférer l’organisation jihadiste rivale, le Front al-Nusra. Avec la symbolique de l’exécution dans le théâtre antique, il va donner l’image de celui qui a été capable de porter le fer au plus profond contre les anciennes puissances coloniales. Et attirer probablement des légions de nouveaux volontaires. De son côté, pour marquer sa différence, le chef du Front al-Nusra, Abou Mohammad al-Joulani, a fait savoir dernièrement que son organisation n’entendait pas s’en prendre aux pays occidentaux.

L’EI s’est emparé de Palmyre le 21 mai, après un assaut sanglant qui avait duré neuf jours et au cours quelque 400 soldats avaient trouvé la mort. Selon l’OSDH, qui s’appuie sur un réseau de sources en Syrie, l’EI a depuis exécuté au moins 217 personnes, dont des femmes et des enfants, dans la ville et ses alentours.

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