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Libération
Éditorial

Et si l’Europe laissait Vladimir Poutine s’énerver dans son coin ?

Publié le 03/06/2015 à 20h16

En début de semaine, la Russie a annoncé qu’elle avait interdit l’entrée sur son territoire à 89 personnalités européennes. Mercredi, le Parlement européen a décidé de limiter la présence russe dans son enceinte à deux diplomates seulement, dont l’ambassadeur auprès de l’Union européenne. Représailles et contre-représailles. Jusqu’où et jusqu’à quand ? La machine de l’escalade est enclenchée. Sans que l’on sache si elle réussira à faire plier Vladimir Poutine sur l’Ukraine.

Au départ, il y a l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014, un précédent en Europe depuis les accords d’Helsinki de 1975 qui ont sanctionné le droit des Etats à l’intégrité de leur territoire, et la poursuite de la guerre dans l’est de l’Ukraine, où Moscou joue un rôle de premier plan (y compris en hommes et en matériel) malgré ses dénégations. Et ce sont les hommes qui ont participé ou participent à ces actions illégales au regard du droit international que l’UE a décidé de sanctionner.

Les représailles russes, non notifiées aux intéressés jusqu’au déni d’entrée d’une de ces personnalités à son arrivée en Russie, ne sont que des gestes de hargne en réponse aux mesures européennes. Et pas de réciprocité, puisque l’UE n’est pas partie prenante à la guerre en Ukraine. Les raisons qui ont conduit Moscou à épingler sur cette liste telle ou telle personne restent obscures. Rien qu’en France, on ne voit pas quel peut être le lien entre l’homme d’affaires Henri Malosse et le philosophe Bernard-Henri Lévy, si ce n’est que l’un et l’autre ont publiquement réprouvé l’annexion de la Crimée, jusque sur la place Maïdan, au cœur de Kiev.

Nul doute que les mesures de rétorsion russes ont pour but d’adresser un message aux Européens, déjà divisés, avant la tenue, fin juin à Bruxelles, du prochain sommet des 28 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, qui devra entre autres se pencher sur la reconduction ou non des sanctions contre la Russie.

Plutôt que de prendre peur, l’Europe devrait d’abord éliminer de son vocabulaire les analogies trompeuses, dont le vocable de guerre froide. La Russie de Poutine n’est pas l’URSS de Brejnev. Elle sait que son débouché commercial est l’Europe. Quant à la classe dirigeante, elle entend toujours placer ses enfants dans les collèges et facs britanniques, faire ses emplettes à Piccadilly ou sur les Champs-Elysées et passer ses vacances à Nice et à Courchevel. Dans ce contexte, l’essentiel est de tenir bon. Le perdant, lui, a bien le droit de se fâcher.

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