Jusqu’à ces dernières heures, le député Oren Hazan était surtout connu pour la vacuité de son programme politique et pour l’insignifiance de ses prestations publiques. Elu par hasard le 17 mars parce qu’il se trouvait à la trentième place sur la liste de son parti, alors que les sondages n’accordaient pas autant de sièges au Likoud, il a bénéficié de la formation du nouveau gouvernement de Benyamin Nétanyahou pour entamer une ascension supersonique. Puisque les ténors de la droite musclée entraient au gouvernement, il a donc fallu en chercher d’autres pour combler le vide au sein de la formation politique. C’est ainsi qu’en quelques jours, Hazan est passé du statut de député de base à celui de vice-président de la Knesset, le Parlement israélien, et de membre de la prestigieuse commission de la défense et de la politique étrangère. Le nec plus ultra lorsque l’on est parlementaire…
Sauf que l’étoile montante du Likoud a eu une vie bien remplie avant d’entrer en politique. Actionnaire de plusieurs restaurants et débits de boissons, il avait en effet planté ses associés avec leurs dettes pour s’installer en Bulgarie. Là, il est devenu gestionnaire d’un casino de Bourgas, fréquenté par les touristes israéliens de passage.
Pas illégal en principe. Sauf que la deuxième chaîne de la télévision israélienne a jeté un pavé dans la mare en révélant lundi que Hazan ne s’est pas contenté d’inciter ses clients à claquer leurs économies : il leur a également fourni des prostituées sur le tarif desquelles il percevait une commission. Et puisqu’il n’y a pas de petit profit, Hazan fourguait également des doses de meth, une drogue synthétique particulièrement efficace, à ceux qui le lui demandaient gentiment avec une liasse de billets à la main.
A Jérusalem, l’«affaire Hazan» fait d’autant plus de bruit que le reportage consacré aux activités bulgares du député comprenait le témoignage de call-girls locales, ainsi que des photos le montrant en train d’enlacer langoureusement des demoiselles, certes avenantes et sympathiques, mais de petite vertu.
Interviewé par toutes les radios, Hazan se proclame «innocent, opposé à toute forme de proxénétisme et partisan d'une guerre de grande ampleur contre le trafic de stupéfiants». Il s'estime également «victime d'un complot médiatique visant à abattre Nétanyahou» à travers sa personne. Classique.
En attendant, dans les couloirs de la Knesset, l’affaire provoque l’effervescence. Parce qu’elle discrédite le Likoud – dont les dirigeants se taisent –, ainsi que l’institution parlementaire. Mais également parce que la majorité née des élections du 17 mars ne tient qu’à un fil : 61 sièges sur les 120 que compte l’Assemblée. Donc, si Hazan devait démissionner à la suite de l’ouverture d’une procédure judiciaire ou si son groupe parlementaire devait l’exclure au nom de la morale et de la bienséance, les troupes de Nétanyahou se retrouveraient à égalité dans les travées avec celles de l’opposition. Le gouvernement serait à la merci de la moindre défaillance, il risquerait de tomber à tout moment.




