Reparti tranquillement d’Afrique du Sud juste avant que la Haute Cour saisie par une ONG n’ordonne son arrestation, le président soudanais, Omar el-Béchir continue de défier la justice internationale. L’homme fort de Khartoum est le premier chef d’Etat en exercice à avoir été mis en accusation pour «crimes de guerre et crimes contre l’humanité» (en 2009) puis, un an plus tard, pour «génocide». Ces inculpations émises par l’Argentin Luis Moreno-Ocampo, à l’époque procureur de la Cour pénale internationale (CPI), la seule et la première instance permanente de la justice internationale, devaient permettre à cette juridiction de frapper un grand coup symbolique. Entrée en fonction en juillet 2002, cette cour, instaurée par le traité de Rome en 1998, s’était pour l’essentiel focalisée sur des seconds couteaux faute de moyens et à cause de ses compétences limitées. L’initiative était d’autant plus fracassante qu’elle était sans précédent : le président serbe Slobodan Milosevic ou le Libérien Charles Taylor étaient déjà déchus quand ils furent jugés.
La décision de la CPI a eu néanmoins un effet diamétralement opposé à celui recherché, décrédibilisant encore un peu plus cette instance chargée, selon son préambule, de «juger les crimes qui défient l'imagination et heurtent profondément la conscience humaine». «Il s'agit d'une mesure à la fois énorme et dérisoire car il sera impossible de mettre en œuvre de tels mandats d'arrêt», relevait à l'époque, dans une interview à Libération, Antonio Cassese, ancien président du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, depuis décédé, juriste de longue date engagé dans la lutte contre l'impunité. Il craignait que «cela n'ait pour effet paradoxal de renforcer la position internationale d'Omar el-Béchir aussi bien vis-à-vis des pays africains que dans le monde arabo-musulman». Ses prévisions se sont malheureusement vérifiées. Malgré son inculpation, le président soudanais a continué à parader aux sommets de l'Union africaine comme à ceux de la Ligue arabe ou de l'Organisation de la conférence islamique.
Nombre de capitales africaines critiquent, en outre, de plus en plus ouvertement cette instance qui, jusqu’ici, a concentré ses enquêtes sur le continent noir. La nomination d’une procureure africaine, la Gambienne Fatou Bensouda, n’a pas changé la donne. La CPI est victime de son statut. Elle n’est compétente que si le territoire où a été commis le crime est celui d’un des Etats parties du traité. Ceux qui craignent d’avoir à rendre des comptes, la Russie, la Chine, les Etats-Unis, la quasi-totalité des pays arabes ou Israël, rejettent cette juridiction. Certes, la Cour peut être saisie par le Conseil de sécurité de l’ONU mais les bourreaux bénéficiant de protecteurs parmi les cinq membres permanents ne risquent pas grand-chose. El-Béchir aura été une exception et il va continuer à parader.




