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Libération
édito

Israël-Palestine : Fabius cherche encore la paix

ParMarc Semo
Chef du service Monde
Publié le 21/06/2015 à 19h56

Nul n'y croit vraiment. Ni côté israélien, où le Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, dénonce par avance toute tentative de «diktat international», ni même côté palestinien, où le président Mahmoud Abbas, affaibli par une crise politique et la fin du gouvernement d'union nationale avec le Hamas, est opposé à de nouvelles négociations directes qui ne seraient que vaines palabres. Nul non plus ne se fait trop d'illusions dans les capitales occidentales - y compris à Paris - sur les résultats de la tournée au Proche-Orient, samedi et dimanche, du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. L'important, pourtant, est de tout essayer pour sortir au plus vite de «l'inertie mortifère» autour d'un processus de paix israélo-palestinien désormais moribond.

«La France fait partie des quelques pays qui ne baissent pas les bras dans cette situation […] à la fois par amitié pour les Palestiniens et aussi pour les Israéliens», a répété Laurent Fabius dans ce périple du Caire à Tel-Aviv en passant par Aman, Ramallah et Jérusalem. Depuis l'échec, en avril 2014, des neuf mois de médiation du secrétaire d'Etat américain, John Kerry, les choses n'ont fait qu'empirer. Le gouvernement israélien né des dernières élections est l'un des plus à droite de l'histoire du pays. Jour après jour, la situation se dégrade, comme en témoignent encore l'assassinat, vendredi, d'un jeune randonneur israélien en Cisjordanie et une attaque au couteau à Jérusalem, dimanche, contre un garde frontière israélien.

«Si nous n'offrons pas un horizon politique, on peut redouter le retour du cycle de la violence qui peut reprendre à chaque instant», a rappelé le chef de la diplomatie française, évoquant la nécessité de changer de méthode et de dépasser le stérile face-à-face israélo-palestinien sous le parrainage de Washington. L'idée-force de Paris est d'élargir le cercle et d'y impliquer aussi la Ligue arabe, les membres permanents du Conseil de sécurité et l'Union européenne.

Le but de ce «comité international de soutien» n'est pas d'agir à la place des parties concernées mais d'être avec elles «pour les aider à trouver les solutions», a tenu à préciser Laurent Fabius. Les bonnes relations de Paris avec Riyad - dont le ministre des Affaires étrangères est venu au Caire - donne des atouts à cette initiative et la fermeté française sur le dossier du nucléaire iranien lui donne aussi un certain crédit auprès de Benyamin Nétanyahou. Celui-ci n'en est pas moins vent debout contre toute proposition internationale «où il n'est fait aucune référence véritable au besoin d'Israël en termes de sécurité ni à ses autres intérêts nationaux».

Cela ne décourage pas Paris. Certes, en décembre dernier, un projet de résolution palestinien présenté au Conseil de sécurité et soutenu par Paris évoquant un processus de paix sous douze mois et un retrait israélien des territoires occupés avant 2017 avait été rejeté du fait de Washington. Depuis, Barack Obama, en fin de mandat, a laissé entendre qu’il était prêt à faire pression sur l’Etat hébreu. Mais franchira-t-il ce pas au risque de compliquer la campagne présidentielle d’Hillary Clinton ?

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