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Libération
EDITORIAL

Dérive

Publié le 28/06/2015 à 21h06

Rien n'est plus légitime, sur le principe, que l'appel au peuple grec pour décider de son avenir dans la zone euro. Il y a quatre ans, le refus de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel du projet de référendum proposé par l'alors Premier ministre socialiste Georges Papandreou - certes improvisé alors que les marchés paniquaient - a lourdement pesé sur les développements ultérieurs de la crise. Nourri de culture sociale-démocrate scandinave, le leader du Pasok estimait que les sacrifices imposés par le maintien dans la monnaie unique devaient être pleinement assumés par ses concitoyens. Le pari d'Aléxis Tsípras est différent. Il appelle les électeurs à rejeter par «un grand non l'ultimatum» des créanciers, tout en affirmant que cela n'impliquera pas une sortie de l'euro. Ce sont des propos irresponsables, d'autant que ce recours décidé au Parlement - avec le soutien de l'extrême droite, qui est son partenaire de coalition, et des néonazis d'Aube dorée - a surgi alors même qu'un accord semblait imminent à Bruxelles. On peut comprendre la lassitude de l'opinion grecque après des années d'austérité qui ont fait chuter de 25 % le PIB et augmenté une dette qui culmine à 180 % du PIB, même si l'économie grise continue de prospérer. La sortie de la zone euro aggraverait encore la situation, notamment pour les plus démunis. Les Grecs en sont conscients. Malgré la popularité toujours bien réelle de Syriza, ils restent massivement favorables à l'euro et, selon les premiers sondages, ils approuveraient le plan européen. Les règles de la zone euro que rappellent les 18 autres membres ont été et sont fixées par des gouvernements élus démocratiquement qui sont tout aussi légitimes que celui de la Grèce et ont le soutien de leurs opinions publiques. Ils espèrent encore éviter le pire - le Grexit - et l'encore pire, c'est-à-dire les risques d'une dérive hors de l'UE d'un pays dont la position géostratégique n'a jamais été aussi importante face à un Moyen-Orient en plein chaos, à une Turquie entrant dans une zone de turbulence et au cœur de Balkans où la paix reste fragile. C'est aussi pour cela qu'il faut à tout prix éviter de perdre la Grèce.

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