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Wikileaks : Moscovici se montre pessimiste sur la crise

En juillet 2012, le ministre français des Finances prévoyait deux horribles années à venir pour l'économie française.

Pierre Moscovici en juin 2012. (Photo Gonzalo Fuentes. Reuters)
Publié le 29/06/2015 à 20h13
La note de la NSA (31 juillet 2012)

Le ministre français des Finances affirme que l'économie est dans une mauvaise passe, prédit deux horribles années à venir (TS//SI//NF)

«Personne ne prend la mesure de la gravité de la situation économique française, et des mesures drastiques vont devoir être prises au cours des 2 prochaines années selon Pierre Moscovici, ministre de l'Économie, des finances et du commerce. Le 19 juillet, alors que les demandes de rétablissement d'une allocation de préretraite appelée AER se faisaient pressantes, Moscovici a averti que la situation était calamiteuse. Apprenant qu'il n'y avait pas de fond disponible pour l'AER, le sénateur français Martial Bourquin a prévenu Moscovici que sans le programme AER, le parti socialiste au pouvoir allait passer un mauvais quart d'heure dans le bassin industriel du pays, et que les électeurs allaient se tourner vers le Front National, le parti d'extrême droite. Moscovici a exprimé son désaccord, affirmant que l'impossibilité de rétablir l'AER n'aurait aucun impact électoral, et qu'en outre, la situation du constructeur automobile en difficulté PSA Peugeot Citroën était plus importante que l'AER. (COMMENTAIRE : PSA a annoncé la fermeture d'usines d'assemblage et le licenciement de 8.000 employés). Moscovici a annoncé que le budget 2013 ne serait pas un « budget-bonne nouvelle », sachant que le gouvernement devrait trouver au moins 33 milliards d'euros supplémentaires (39,9 milliards de $). 2014 ne sera pas une bonne année non plus. Bourquin a insisté, avertissant que le parti socialiste allait se retrouver dans une situation comparable à celle de l'ancien président socialiste espagnol Zapatero, très largement critiqué pour sa manière de gérer la dette de son pays. Moscovici lui a opposé que le comportement dont le gouvernement français allait s'inspirer ne serait pas celui de Zapatero, mais plutôt celui du chancelier allemand social-démocrate Gerhard Schroeder. (COMMENTAIRE : Schroeder, chancelier de 1998 à 2005, s'est largement vu attribuer le mérite d'avoir contribué à restaurer la compétitivité de l'Allemagne. Il a privilégié le passage de pures mesures d'austérité à des mesures encourageant la croissance économique, et prônait une politique financière commune à l'UE).»

CE QUE L'ON PEUT EN DIRE

Ce rapport de la NSA revisite de façon très éclairante le début du quinquennat de Hollande. La (ou les) conversation téléphonique entre Moscovici et le sénateur PS Martial Bourquin révèle que le gouvernement était conscient de la gravité de la situation économique et de la rigueur budgétaire qu’il allait mettre en place. Une tonalité très différente de ce que la presse écrivait. Deux autres enseignements. D’abord, le risque d’une montée du vote FN parmi la classe ouvrière était déjà évoqué au sein de la majorité à l’été 2012. Ensuite, la ligne idéologique fixée par Hollande était bien claire dès le départ : Moscovici revendique ici l’héritage social-libéral de Schröder qui inspirera la politique économique de l’offre de l’exécutif. Sans pour autant confirmer l’espionnage de son téléphone portable, Moscovici a confirmé à Libération avoir eu plusieurs conversations à l’été 2012 avec Bourquin au sujet de l’AER, qui permettait aux chômeurs âgés de faire la jonction entre fin du chômage et retraite, et qui avait été supprimée en 2011. «Je lui ai rappelé que ce rétablissement ne pourrait s’envisager qu’au bout de la troisième année, compte tenu de nos faibles marges de manœuvre», se rappelle l’actuel commissaire européen aux Affaires économiques. Le 20 mai dernier, le ministre du Travail, François Rebsamen, a annoncé, la création d’une prime mensuelle de 300 euros pour les chômeurs de plus de 60 ans pour remplacer cette AER.

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