L'étincelle grecque n'aura finalement pas mis le feu aux places financières internationales. Du moins pas pour l'instant. Un peu partout, de Séoul à Tokyo en passant par Sydney, les investisseurs ont réagi selon une séquence en deux mouvements. D'abord, persuadés du pire, c'est-à-dire d'une contagion du cas grec au reste du monde, ils ont décidé d'appuyer sur le bouton de l'option vente... pour ensuite se ressaisir et (ré)investir des places financières qu'ils venaient tout juste de déserter. Ce qui aurait pu vite dégénérer en carnage boursier s'est finalement soldé (toujours pour l'instant) sans trop de dégâts. Résultat: à Milan, Madrid, Francfort... comme à Taipei ou Hong Kong, c'est d'abord un plongeon avant une légère remontée. «On ne peut pas parler de lundi noir sur les marchés financiers, explique un gérant de portefeuille. Pour l'instant Paris a perdu 3,8% après une chute de près de 4,7% à l'ouverture. Même si ça tangue pas mal nous n'avons pas encore effacé les gains de la semaine dernière, soit 5,3%.»
A l'instar des marchés actions, celui de dettes souveraines était agité mais sans excès. Certes, le taux d'emprunt à 10 ans de la Grèce bondissait à 14,632%, au plus haut depuis fin 2012 (contre 10,845% vendredi à la clôture). Le taux de l'Espagne progressait à 2,250% (contre 2,110%) tout comme celui de l'Italie à 2,294% (contre 2,150%). Mais pas au point de provoquer un trop fort écart entre le rendement d'une obligation allemande (valeur refuge) et celle d'un pays du sud de l'Europe (jugé risqué par les investisseurs). Pour Patrick Jacq, stratégiste obligataire chez BNP Paribas, «à partir du moment où la situation de crise se renforce en Grèce, le risque augmente. Mais on ne peut pas parler de panique.» Et un autre investisseur d'ajouter: «Tout va dépendre de la décision de demain. Si le FMI décide de lâcher la Grèce, alors beaucoup parient sur un mouvement de panique. Et là nous serons dans une séquence de prophétie auto-réalisatrice. Tout le monde va exagérer la crise grecque. On risque vraiment un cercle vicieux. Pour l'instant, on a l'impression que les paroles d'espoir des uns et des autres quant à la possibilité de trouver un accord de la dernière seconde nous font éviter le pire. Mais pour combien de temps encore?» Quant à l'euro, il résistait à 1,1091 dollar, après être passé sous les 1,10 dollar dans les échanges asiatiques.
A Paris, dans la plupart des salles de marchés, les espoirs d'un accord de dernière minute n'ont effectivement pas entièrement disparu notamment parce que la Banque centrale européenne (BCE) a donné un répit à la Grèce en maintenant intact le plafond de fourniture de liquidités d'urgence aux banques grecques (prêts ELA). Le Premier ministre Manuel Valls a exhorté les Grecs à «revenir à la table des négociations» et appelé à «tout faire pour que la Grèce reste dans l'euro». «Aujourd'hui, toutes les déclarations vont dans un seul et même sens: tout faire pour que la Grèce ne quitte pas la zone euro. C'est ce que semblent retenir les marchés», explique une analyste financière. Et d'ajouter en forme d'aveux: «Ce qui est étonnant c'est que personne ne voit où est la solution. Tant qu'il n'y aura pas d'accord global qui intègre la question de restructuration de la dette grecque nous serons dans des mécaniques de bricolages.» Une mécanique qui semble (en partie) convenir aux marchés.




