Ils ont fait comme ils font toujours. Ils ont parlé déficit, budget, équilibre, imaginé une plomberie financière à base de vases communicants, ils ont ensuite avalé des tonnes de données, les ont traitées (ont tenté) avant de régurgiter ce qu’ils appellent un ordre : j’en veux, j’en veux pas. J’achète, j’achète pas. Eux, ce sont les marchés financiers. On craignait qu’ils n’adoptent la stratégie du sauve-qui-peut général, il n’en a rien été (ou presque). Certes, la plupart d’entre eux, de Tokyo à Séoul en passant par Paris ou Francfort, ont plié sous le poids des craintes générées par une sortie de la Grèce de la zone euro, mais sans rompre. L’espoir, celui d’un accord de dernière minute, semblait être leur stratégie.
«Confusion totale». Passé le plongeon spectaculaire des places européennes à l'ouverture, ces dernières sont donc revenues à plus de mesure, retrouvant peu ou prou le niveau où elles étaient dix jours plus tôt avant de se laisser griser par l'espoir d'un accord. Paris, qui chutait de près de 5% à l'ouverture, a ainsi clôturé à 3%.
Le scénario panique semble donc être en stand-by. «Mais pour combien de temps encore ?» s'interrogent une majorité d'analystes financiers. Les yeux tournés vers Athènes, la plupart se demandent comment réagiront les grands fonds d'investissements, notamment étrangers, si le FMI devait décider de mettre en quarantaine la Grèce, lorsque viendra (ce mardi) le moment d'acter le non-remboursement du 1,6 milliard d'euros. «C'est la confusion totale. On n'y comprend plus rien. Chacun y va de sa petite analyse, de son interprétation. Je suis très étonné qu'il n'y ait pas eu de krach boursier aujourd'hui», explique la responsable d'une grande salle de marché. Et d'ajouter : «Nous vivons une situation inédite. D'ordinaire, nos journées commencent par un topo de la situation macroéconomique. Ensuite, les traders font leur tambouille. Cette fois, c'est à peine si les uns écoutent les autres tellement la situation semble confuse.»
Les mouvements des marchés ont leur importance, ce sont eux qui déterminent le niveau des taux d’intérêts des pays de la zone euro. La Grèce en sait quelque chose. Déjà, interdite de séjour sur le marché obligataire primaire, là où se financent les Etats en émettant des obligations souveraines, elle a assisté lundi à une véritable envolée des taux sur le marché secondaire, là où se négocient les obligations déjà émises. Sur ce marché de l’occasion, la valeur des obligations de la Grèce piquait littéralement du nez. Signe que les investisseurs cherchent à se délester de ces dernières, quitte à en baisser le prix pour «convaincre» d’éventuels acquéreurs.
«Excès des banques». François Morin, professeur d'économie à l'université de Toulouse, s'étonne de tant d'importance donnée aux marchés financiers. «Nous faisons comme si cette crise était seulement une crise grecque. Or, c'est la crise de tout un système, de celui d'une finance dominante. D'une finance qui est responsable de cette économie de surendettement dans laquelle est plongé le monde et pas seulement la Grèce. Faut-il rappeler que la dette moyenne de la zone euro était d'à peine plus de 60% avant 2007 et qu'elle frôle les 100% aujourd'hui ? Faut-il souligner qu'elle a explosé à cause des excès des banques qui étaient "too big to fail" pour qu'on les laisse tomber. Et ce sont les marchés financiers, les banques, qui nous mettent au pas aujourd'hui. C'est insensé.»




