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Libération
Éditorial

WikiLeaks retrouve une raison d’être

Le site lanceur d’alerte a eu plusieurs vies depuis sa naissance au milieu des années 2000.

Photo de FranceLeaks : «Les documents les plus importants restent à venir», annonce Julien Assange
ParDavid Carzon
Directeur adjoint de la rédaction @davidcarzon
Publié le 29/06/2015 à 19h36

WikiLeaks revient au centre du jeu et c'est une bonne nouvelle. Après les révélations de la semaine dernière qui ont enfin apporté la preuve irréfutable des écoutes exercées par la NSA sur les trois derniers présidents de la République française, les nouveaux documents publiés par Libération et Médiapart en collaboration avec WikiLeaks montrent cette fois comment la NSA s'est transformée en machine de guerre au service de l'économie américaine (lire le dossier ici). Au-delà du contenu même de ces révélations, l'autre information, c'est la volonté affichée par WikiLeaks d'être encore plus présent. En témoigne l'interview donnée par Julian Assange au 20 heures de TF1.

Fonctionnant d'abord sur le modèle collaboratif des «wiki», le site lanceur d'alerte a eu plusieurs vies depuis sa naissance au milieu des années 2000. Plusieurs affaires ont plus particulièrement fait sa renommée depuis 2010 : les War Logs (secrets militaires américains en Afghanistan), les Cablegate (télégrammes de la diplomatie américaine), les dossiers des détenus de Guantánamo ou encore les Syrian Files.

Une existence faite de coups portés aux méthodes tordues de services de renseignement du monde entier, de controverses suscitées par certains choix radicaux d’un site qui poursuit ses propres objectifs, et par la personnalité de son ambassadeur, Julian Assange. Sans oublier les pressions subies au fil des révélations : boycott bancaire, violente répression des sources (Chelsea Manning est en prison pour 35 ans), menace permanente d’un «Grand Jury» américain, harcèlement des collaborateurs réguliers du site…

Jusqu'à présent, les divulgations de WikiLeaks étaient menées par à-coups, en fonction des documents obtenus. Aujourd'hui, quelque chose est en train de changer. On sent une volonté de s'installer dans la durée, de manière régulière, de creuser les sillons ouverts. Rien que ce mois-ci, en plus de #FranceLeaks, WikiLeaks a mis en ligne de nouveaux documents liés au piratage dont ont été victimes les studios Sony fin 2014.

En fin de semaine dernière, le site a commencé de diffuser 60 000 câbles et mémos de la diplomatie saoudienne révélant le fonctionnement pour le moins douteux de ce royaume.

Cette omniprésence ne semble pas être temporaire, et elle ne relève pas seulement d'une envie de jouer la carte de la dramatisation et du feuilleton à outrance. Au contraire, elle démontre une volonté de ne plus être un simple entremetteur à scoops, de ne pas seulement devenir «l'organe de renseignement le plus puissant du monde» comme l'avait prédit Assange à ses débuts, mais de s'imposer en tant que média global. Un média présent sur tous les fronts où la démocratie est en danger.

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