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Vu de Berlin

Grèce : l'Allemagne se méfie toujours

Les politiques restent circonspects, mais le SPD salue le revirement de Tsípras. La presse, elle, est un peu plus ouverte. Même le «Bild», très anti-grec, salue les nouvelles propositions tout en se réjouissant qu'elle aient été inspirées par l’ex-Troïka.

La chancelière allemande Angela Merkel à Bruxelles le 7 juillet, au sommet européen convoqué en urgence dans la foulée du référendum grec. (Photo Kenzo Tribouillard. AFP)
ParNathalie Versieux
Berlin, de notre correspondante
Publié le 10/07/2015 à 16h31

Grand froid à droite, un peu plus tiède à gauche… Le climat ne s'améliore que lentement pour la Grèce en Allemagne. Le gouvernement s'est abstenu de commenter les dernières propositions d'Athènes ce vendredi. «Je ne peux pas juger du contenu» des propositions transmises par Athènes, a déclaré le porte-parole de la chancelière, Steffen Seibert. «Nous attendons que les institutions les examinent et communiquent leur avis.»

Plus direct, le porte-parole de Wolfgang Schäuble a averti qu'il «ne suffirait pas de faire les mêmes propositions qu'en juin mais emballées autrement… L'issue de l'Eurogroupe de samedi est complètement ouverte.» A Francfort jeudi, le ministre des Finances se permettait une blague : «J'ai proposé à mon collègue américain Jack Lew [secrétaire au Trésor] que nous prenions Porto Rico [qui a ne peut plus rembourser sa dette, ndlr] dans la zone euro, si les Etats-Unis prennent la Grèce dans la zone dollar.» Les Etats-Unis font massivement pression sur Angela Merkel depuis des jours pour qu'elle lâche du mou face à Athènes.

Méfiance avant tout

Globalement, la classe politique allemande reste très méfiante envers le gouvernement Tsípras. «Les Grecs ont dit non, nous aussi nous avons le droit de dire non», prévient le député CSU Hans-Peter Friedrich. Cet ancien ministre de l'Agriculture assure ne connaître «aucun député de son propre groupe parlementaire qui voie une base pour un troisième plan d'aide à la Grèce». Or la chancelière, si elle veut entamer des négociations avec Athènes, aura besoin de l'aval du Bundestag lors d'un vote la semaine prochaine.

Le vice-président du groupe parlementaire CDU, Ralph Brinkhaus, estime que «la question est de savoir à quel point ce gouvernement grec est crédible lorsqu'il annonce des réformes, alors que dimanche dernier encore il appelait à voter non». Au sein de la coalition gouvernementale, seul le SPD salue les propositions d'Athènes, après une semaine de vives critiques à l'encontre du gouvernement Tsipras. «Pour la première fois, le gouvernement grec se montre prêt à des réformes», se félicite le député SPD Carsten Schneider.

Bild se calme

La presse aussi adopte un ton plus clément envers Athènes. Le quotidien populaire Bild Zeitung se réjouit que les réformes annoncées aient été élaborées par l'ex-Troïka, qui inspire bien plus confiance en Allemagne que le gouvernement Tsipras. «Alexis Tsipras accepte la tutelle de la troika qu'il avait jetée hors du pays voici quelques semaines», rappelle Bild qui orchestre depuis des mois une campagne anti-Grèce. Que le ton du Bild se réchauffe envers Athènes sera indispensable si Angela Merkel veut convaincre une opinion toujours majoritairement réticente. Comme le disait l'ancien chancellier Gerhard Schröder, «pour gouverner l'Allemagne, il faut avoir avec soi la télévision et le Bild».

«Merkel et Lagarde peuvent encore tout faire échouer», avertit le magazine der Spiegel : «Presque plus rien ne s'oppose à un accord. Mais Berlin et le FMI doivent encore accepter un compromis de remise de dette. Et là, on est dans le flou.»

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