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Libération
EDITORIAL

Pari

Publié le 14/07/2015 à 19h36

Obtenu à l'arraché après vingt mois d'âpres marchandages, l'accord sur le nucléaire iranien est historique. Incontestable victoire personnelle de Barack Obama comme de son homologue iranien, Hassan Rohani, qui s'y sont engagés à fond, il marque le grand retour de l'Iran dans la normalité internationale. Mais tout compromis implique pourtant une part de renoncement. Commencées il y a douze ans, les négociations visaient à l'origine à démanteler le programme d'enrichissement iranien lancé clandestinement dans un but clairement militaire. Ce texte se contente de le limiter et de l'encadrer pour qu'il reste strictement à usage civil. La République islamique doit pour sa part accepter des contrôles stricts et une levée progressive des sanctions internationales. Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, peut se féliciter à raison d'un «accord robuste». Les Occidentaux, et en premier lieu Washington, espèrent que l'ouverture de l'Iran et la relance économique entraînent une démocratisation du régime. On ne peut exclure, pourtant, que les plus radicaux des mollahs, justement pour bloquer cette évolution, ne durcissent encore leurs positions, aussi bien sur la scène intérieure qu'à l'extérieur. Tout pari comporte une part de risque, mais il n'y a pas d'autre voie. Malgré les sanctions internationales des dernières années, l'Iran est devenu un «pays du seuil», potentiellement à même de produire en quelques mois la quantité de plutonium enrichi pour une arme nucléaire. Certes, Téhéran n'a peut-être pas abandonné ses ambitions nucléaires, y compris militaires. Mais ce compromis, prévu pour dix ans, n'en ralentit pas moins sa course vers l'atome, plus efficacement et pour plus longtemps que des frappes aériennes qui embraseraient toute la région.

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