C’est une idée quasiment aussi vieille que les Etats-Unis d’Amérique : comment exporter l’idéal démocratique ? Après le 11 septembre 2001, George W. Bush, pas lui-même mais les néoconservateurs qui l’entouraient, crut bon de l’imposer par la force au Moyen-Orient en envahissant l’Irak. Il espérait créer un effet domino sur la région qui ferait tomber la Syrie, puis l’Iran dans la besace démocratique. Après tout, l’Allemagne fédérale l’était bien devenue après l’écrasement du Reich, tout comme le Japon, après sa capitulation.
La comparaison n’était pas raisonnable. Aucune des formations d’opposition chiites sur lesquelles Washington s’appuyait pour réparer les fractures irakiennes nées de la dictature sanglante de Saddam Hussein n’avait d’agenda démocratique et comme elles avaient été créées à Téhéran, le régime iranien les manipulait à sa guise. De surcroît, les religieux chiites et même sunnites irakiens, qui avaient beaucoup souffert sous le baasisme, ne voulaient plus accepter d’autre idéologie que celle de l’islam politique ou quiétiste, a fortiori un système de valeurs imposé par un envahisseur mécréant. La guerre civile s’installa donc très vite. L’échec américain fut à ce point retentissant que, lorsque les boys quittèrent le pays, fin 2011, sur la pointe de leurs rangers, il n’y eut pas un seul mot du Premier ministre d’alors, Nouri al-Maliki, pour les remercier alors qu’il leur devait d’être au pouvoir.
Mais la naïveté de Bush, qui n’était d’ailleurs pas désintéressée - les grosses firmes américaines ne furent jamais loin des fourgons de l’US Army -, peut en cacher une autre, celle de Barack Obama. Si le premier voulait remodeler la région à coups de poings, le second veut arriver à la même chose par la politique de la main tendue à l’Iran. Dans l’esprit de la Maison Blanche, l’accord conclu mardi vise non seulement à bloquer ses ambitions nucléaires, mais aussi à faire évoluer le régime islamique vers un système démocratique et faire bouger les lignes au Moyen-Orient. Sans doute les relations entre Téhéran et Washington s’en trouveront-elles améliorées, d’autant plus que s’est imposé dans la région un ennemi commun, l’Etat islamique. Reste que l’anti-américanisme participe aux mythes fondateurs de la république islamiste, comme l’antisionisme et que les abandonner revient à la mettre en péril. L’accueil d’une délégation des talibans à Téhéran, le procès d’un journaliste irano-américain, les déclarations violemment anti-américaines du Guide suprême, Ali Khamenei, témoignent qu’il n’est toujours pas question d’amitié entre les deux pays et que les lignes de fracture ne doivent surtout pas bouger.




