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Libération

Mort de Samuel Pisar, rescapé de la Shoah

Publié le 28/07/2015 à 20h46

L'écrivain américain Samuel Pisar s'est éteint lundi à New York à 86 ans. Né le 18 mars 1929 à Bialystok, en Pologne, il vit avec ses parents et sa petite sœur jusqu'à la double invasion, allemande et soviétique, du pays. La famille connaîtra le ghetto, puis la déportation en 1941. A 12 ans, Samuel Pisar n'est qu'un «petit sous-homme que les nazis avaient condamné à mourir», écrit-il en 1979 dans le Sang de l'espoir. Adolescent, il voit son père assassiné par les nazis, sa mère et sa sœur déportées comme lui. Elles n'en reviendront pas. En mars 1998, appelé à témoigner au procès Papon, le Polonais au «destin tordu par la Seconde Guerre mondiale» témoigne de «ce qui fut, avec Vichy, la complicité tragique de la Shoah». Alors correspondante de Libé à Bordeaux, Pascale Nivelle rapporte le récit de l'écrivain : «Ma mère pliait mes vêtements dans une petite valise, comme si elle m'envoyait en colonie de vacances.» Elle le sauve des chambres à gaz en lui mettant un pantalon long, le faisant passer pour un homme. Il passe par les camps de Majdanek, Auschwitz et Dachau, affrontant les terribles marches de la mort en 1945. Découvert squelettique par un tankiste américain près de Munich, il est, à 16 ans, l'un des plus jeunes rescapés des camps de la mort. Il étudie le droit en Australie, passe sa thèse de doctorat à Harvard. En 1959, Kennedy l'enrôle dans sa campagne puis, élu président, le nomme conseiller pour la politique économique internationale. Pisar conseillera ensuite fondations, stars hollywoodiennes, jusqu'à Steve Jobs. Ambassadeur de l'Unesco pour l'enseignement de la Shoah et des génocides, ce père de quatre enfants tenait à témoigner que «l'homme est capable de tout quand il perd sa boussole morale».

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