Les téléphones sonnent, les voix sont d’abord incrédules, puis fébriles. C’est l’agitation parmi les Burundais en exil dans la capitale rwandaise, Kigali. Le général Adolphe Nshimirimana, bras droit du président Nkurunziza et ancien chef de la Sécurité intérieure, a été tué dimanche matin à Bujumbura. Son véhicule a été la cible d’une roquette et de tirs dans le nord de la capitale burundaise.
Certains peinent à cacher leur joie à l'annonce de la disparition de ce maillon fort de l'arsenal répressif du pouvoir. «Le général Adolphe était l'une des bêtes noires de tous ceux qui se sont opposés au troisième mandat du président Nkurunziza», reconnaît Vital Nshimirimana, président de Forsc, mouvement de défense des droits de l'homme. Le Président a été réélu en juillet dès le premier tour pour un troisième mandat controversé, après trois mois decrise politique déclenchée par sa candidature.
De Kigali à Bujumbura, la machine à rumeurs s'emballe. «Les rebelles se sont infiltrés», lâche un journaliste burundais. Des militaires en exil avaient annoncé un changement de mode opératoire, après une tentative manquée de coup d'Etat en mai. «Toutes ces actions dans le pays, nous en sommes à l'origine, avait récemment déclaré un général putschiste. Et nous allons les intensifier.»
D'autres évoquent des tensions au sein des forces de sécurité, toujours fracturées par leurs anciennes loyautés. «C'est un message fort envoyé au Président. Ceux qui ont tué Adolphe lui font savoir que s'il s'obstine, il sera le prochain», pense Thierry Vircoulon, directeur de l'International Crisis Group pour l'Afrique centrale. Privés de leur ex-chef qui continuait de tirer de nombreuses ficelles, le renseignement est nerveux. Ce matin, le correspondant de RFI, Esdras Ndikumana, a été arrêté et aurait été torturé. «Je prenais des photos de la voiture du général quand on m'a emmené, a-t-il déclaré par téléphone à Libération depuis son lit d'hôpital. J'ai été sauvagement tabassé avec des gourdins et des matraques.»




