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MH370 : que peut révéler l'expertise du débris d'avion ?

Les enquêteurs entament à Toulouse les analyses du morceau d'aile d'avion retrouvé à La Réunion. Objectif : déterminer s'il appartenait au Boeing disparu mystérieusement le 8 mars 2014 avec 239 personnes à bord.

Le laboratoire de la Direction générale de l'armement où a été transporté samedi le débris d'aile d'avion retrouvé à La Réunion. (Stringer France / Reuters)
Publié le 05/08/2015 à 13h02, mis à jour le 05/08/2015 à 15h08

Le débris d’avion retrouvé mercredi 29 juillet à La Réunion livrera-t-il ses secrets ? L’analyse de ce flaperon de 2m² rapatrié dans les locaux de la Délégation générale de l’armement-Techniques aéronautiques (DGA-TA) à Balma, près de Toulouse, débute ce mercredi après-midi. En voici les enjeux.

Quel est l’objectif de ces analyses ?

Il s'agira en priorité de confirmer l'identité de l'avion duquel est issu le débris. Une information importante car il y a de grandes chances qu'il s'agisse de celui ayant effectué le vol MH370 de la Malaysia Airlines, disparu dans des circonstances mystérieuses le 8 mars 2014 avec 239 personnes à bord alors qu'il effectuait la liaison Kuala Lumpur - Pékin.

Le ministère malaisien des Transports a annoncé dimanche que le flaperon avait été «officiellement identifié comme un morceau d'un Boeing 777». Hormis le vol MH370, aucun autre accident aérien n'a impliqué ce type d'appareil dans cette région du monde. Mais il s'agira pour les enquêteurs de le confirmer.

Ceux-ci devraient commencer par comparer la nature du fragment avec les plans et les procédés de fabrication des Boeing 777. «Chaque compagnie aérienne peint ses avions d'une certaine façon et on doit pouvoir identifier que c'est bien une peinture provenant de Malaysia Airlines», a expliqué Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA), à l'AFP. Si la peinture est aussi utilisée par d'autres compagnies, il faudra alors vérifier que leurs flottes sont équipées de Boeing 777.

D'autres éléments sont susceptibles d'aider les enquêteurs. L'inscription «657BB» apparaissant sur l'objet indiquerait, selon plusieurs experts, qu'il s'agit bien d'un flaperon de B777. Les crustacés retrouvés sur le débris pourraient aussi aider à confirmer la piste MH370 : s'ils sont plus vieux que le 8 mars 2014, «cela montrera qu'il ne s'agit pas d'un débris» issu de ce vol, a estimé Melanie Bishop, biologiste à l'université Macquarie de Sydney (Australie), auprès de l'AFP.

Pourquoi l’expertise n’est-elle pas conduite par le BEA ?

Le BEA avait beaucoup fait parler de lui en dévoilant le contenu des boîtes noires après le crash de l'Airbus A320 de la Germanwings, survenu le 24 mars dans les Alpes-de-Haute-Provence. S'agissant de la disparition du vol MH370, «il participe à l'enquête, pilotée depuis la Malaisie» apportant son expertise sur plusieurs aspects techniques, «mais ne la dirige pas», précise-t-on au BEA.

Après la découverte du débris à La Réunion, le parquet de Paris (qui du fait de la présence de 4 passagers français à bord du MH370 a aussi ouvert une enquête sur sa disparition) a décidé de confier l'analyse du flaperon à la DGA-TA, rattachée au ministère de la Défense. Celle-ci est notamment compétente sur les «investigations après accidents ou incidents sur matériaux, cellules et systèmes». Au BEA, on souligne son «expertise» sur la question.

Ces analyses tant attendues se feront néanmoins en présence d'experts du BEA, mais aussi de représentants venant de Malaisie (où est basée la Malaysia Airlines), de Chine (d’où sont originaires 153 des disparus du MH370) et des Etats-Unis (dont l’avionneur Boeing).

Quand les conclusions seront-elles connues ?

Assez vite, à en croire le vice-Premier ministre australien pour qui les autorités malaisiennes et françaises pourraient faire une déclaration officielle sur la provenance de ce flaperon d'ici la fin de la semaine. Contactée par Libération, la Direction générale de l'armement (DGA), dont dépend la DGA-TA, n'était pas en mesure de le confirmer : «la communication viendra de la justice française». Patience, donc.

Et ensuite ?

D’autres objets, comme cette valise retrouvée jeudi, pourraient venir s’échouer sur la même plage réunionnaise et apporter de nouveaux éléments à l’enquête. S’il est confirmé que le premier débris provient du vol MH370, deux questions resteront encore sans réponse : où a eu lieu le crash ? Et que s’est-il passé après le décollage ?

Plusieurs pistes sont déjà envisagées pour répondre à la première. Une analyse historique des courants marins de l'océan Indien depuis le 8 mars 2014 permettrait de retracer le parcours du débris échoué à La Réunion. Joël Sudre, chercheur au laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales, nous confirmait jeudi que c'est «tout à fait possible», bien qu'il sera «très difficile de déterminer le lieu précis du crash».

Par ailleurs, l’étude des balanes, ces crustacés retrouvés sur le débris, pourrait nous en apprendre plus sur la provenance du morceau d’avion et le temps qu’il a passé en mer, selon plusieurs experts. Recoupées, ces informations permettront peut-être alors de définir un nouveau périmètre en vue d’éventuelles nouvelles recherches sous-marines. Ensuite, si la carcasse de l’avion est retrouvée, on saura s’il est seulement possible de répondre à la deuxième question. Mais cela commence à faire beaucoup de suppositions…

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