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Libération
EDITORIAL

Nouvelle donne

Publié le 05/08/2015 à 19h46

L’Egypte reste une passion française. Elle commença avec l’expédition de Bonaparte et son apogée fut le creusement du canal de Suez. Une partie des vieilles élites égyptiennes parle encore notre langue. C’est aussi au nom de cette longue histoire commune que François Hollande est l’invité d’honneur pour les cérémonies d’inauguration du «nouveau canal» qui seront marquées par le survol, ce jeudi soir, de trois Rafale - sur les 24 vendus à ce pays. La frégate multimissions Fremm, elle aussi achetée par l’Egypte à la France, sera également là pour rappeler l’intensité de la nouvelle coopération entre les deux pays. L’Elysée souligne «le caractère incontournable du Caire sur la scène régionale». Limitrophe d’une Libye en plein chaos, l’Egypte est engagée contre l’Etat islamique dans le Sinaï. La nouvelle lune de miel entre Le Caire et Paris, tout comme celle avec Riyad, par ailleurs principal soutien du régime égyptien, illustre la nouvelle donne dans le grand jeu des alliances régionales. Inquiets de la politique américaine dans la région et d’un éventuel rapprochement avec Téhéran, l’Egypte comme l’Arabie Saoudite - champions du camp sunnite - apprécient la fermeté montrée par la France notamment dans le dossier du nucléaire iranien. Mais l’homme fort de l’Egypte, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat militaire et plébiscité président avec un score (96,2%) encore supérieurs à ceux de Moubarak, a remis l’armée aux commandes et règne sans partage sur ce pays de 85 millions d’habitants. Il n’y a pas de Parlement. Une répression implacable vise les Frères musulmans, mais aussi tous ceux qui avaient cru au grand rêve de liberté de la place Tahrir. Le président français trouvera-t-il les mots pour rappeler à son hôte que de telles pratiques sanglantes alimentent le radicalisme qu’elles prétendent éradiquer ?

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