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La voie sans issue de la décentralisation

Pressé par les Occidentaux, le président ukrainien veut déléguer des compétences importantes aux collectivités, une loi rejetée par les prorusses.

In this photo taken Tuesday, July 14, 2015, Ukrainian servicemen ride atop an armored vehicle with a Ukrainian flag near Krasnoarmiisk, Donetsk region, eastern Ukraine. Eight Ukrainian troops were killed and 16 wounded in war-torn eastern Ukraine in a 24-hour period from Tuesday morning until Wednesday morning, officials in Kiev said. (AP Photo/Evgeniy Maloletka)
ParSébastien Gobert
(à Kiev)
Publié le 11/08/2015 à 19h46

L'Ukraine est-elle à la veille d'une «nouvelle spirale des combats», comme l'affirme le chef séparatiste de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko ? Alors qu'au moins quatre personnes sont mortes depuis dimanche à la suite de tirs d'artillerie, Kiev semble d'accord pour dénoncer l'escalade des violences dans l'Est prorusse. Plus politique que militaire, ce regain d'affrontements intervient à un moment où Moscou voudrait que Kiev accepte de dialoguer directement avec les séparatistes.

«On se bat toujours… Et, au Parlement, ils parlent de décentralisation et d'élections», dit le journaliste Volodymyr Runets, qui vit au rythme de la guerre du Donbass. Un conflit que n'a pas éteint l'entrée en vigueur du cessez-le-feu décidé à Minsk à la mi-février. L'accord, qui impliquait un arrêt complet des hostilités et un retrait de l'artillerie lourde de la ligne de front, n'a jamais été pleinement respecté, d'un côté comme de l'autre.

«Cadeaux» aux séparatistes

L'initiative du président, Petro Porochenko, de pousser une décentralisation paraît donc bien audacieuse. «Le conflit dans l'Est ne peut être résolu que par des moyens politiques et diplomatiques», assénait-il aux députés de la Verkhovna Rada le 15 juillet. Il proposait alors des amendements constitutionnels visant à déléguer des compétences conséquentes aux collectivités territoriales à travers le pays. L'un d'eux prévoit l'adoption prochaine d'une «loi spéciale pour réguler les spécificités de la gouvernance locale» dans les territoires des régions de Donetsk et Lougansk tenus par les forces prorusses et russes.

Si ces amendements ont été adoptés par 288 voix sur 422, puis validés par la Cour constitutionnelle, ils sont loin de faire l'unanimité. Le groupe parlementaire du Bloc d'opposition, ersatz du défunt Parti des régions de l'autoritaire Viktor Ianoukovitch, se félicite de voir «l'Ukraine enfin engagée sur la voix de la paix». Mais il considère ces amendements «insuffisants». Le Parti radical d'Oleh Liachko, lui, les «rejette catégoriquement» comme des «cadeaux» faits aux séparatistes.

Dans un hémicycle agité, il semblait impossible de ne pas noter la présence de l'assistante du secrétaire d'Etat américain, Victoria Nuland. Les Occidentaux, Angela Merkel et François Hollande en tête, recommandaient avec insistance cette réforme. Sans d'ailleurs attendre que les autres critères de l'accord de Minsk soient remplis. «Les Occidentaux nous poussent droit dans le mur», pense, dépité, Volodymyr Runets. D'autant que rien ne semble résolu.

Avant même qu’elle ne soit proposée et adoptée, la loi spéciale est rejetée par Russes et prorusses.

«Élections»

Pour Denis Pouchiline, un dirigeant séparatiste, Kiev aurait dû «coordonner la réforme constitutionnelle avec les dirigeants de Donetsk et de Lougansk». Porochenko, qui qualifie ces derniers de «terroristes», s'y est toujours refusé. Mais pour Vladimir Poutine, «cette tentative de présenter ces amendements comme une sorte de respect par Kiev de ses engagements de Minsk ne peut tromper personne». Quel que soit le contenu de la loi spéciale, son application sera conditionnée par «l'organisation d'élections libres, transparentes et en accord avec la législation ukrainienne» dans les territoires séparatistes. A Donetsk ou à Lougansk, l'idée d'autoriser la présence de fonctionnaires et d'observateurs ukrainiens n'est même pas évoquée. Dans la perspective d'élections locales en Ukraine le 25 octobre, les autorités séparatistes ont marqué, une fois de plus, leur différence : «leurs» élections se tiendront le 18 octobre.

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