D'ordinaire, c'est un grand parc-musée consacré à l'histoire de la tuilerie, bordé par la rivière Havel et agrémenté de petits lacs. Mais pour une poignée de jours d'été, le Ziegeleipark de Mildenberg, à quelque 80 kilomètres au nord de Berlin, se mue en village de hackers. C'est là que le Chaos Computer Club (CCC) de Berlin – le plus ancien et le plus important groupe de hackers au monde – tient son «Chaos Communication Camp», le grand rassemblement en plein air qu'il organise tous les quatre ans. A partir de ce jeudi et jusqu'à lundi, s'y retrouvent au moins 4 500 fondus de technologie, venus d'Europe et au-delà. Au menu : conférences, ateliers, discussions à bâtons rompus – et farniente, sous un soleil de plomb.
Sécurité, surveillance et «bidouille»
Des tentes à perte de vue, deux grands chapiteaux de plus de 1 000 places, des générateurs, des câbles qui circulent un peu partout… Et, la nuit, des illuminations de toutes les couleurs qui donnent au lieu des airs de ville futuriste. Il a fallu tout faire sortir de terre, ou presque. «On a commencé à venir il y a quatre mois, explique Erdgeist, l'un des porte-parole du CCC, mais cette dernière semaine, il y avait pas loin de 400 personnes sur place.» Et pendant le «CCCamp», poursuit-il, un tiers des participants, soit 1 500 personnes, s'active pour aider au bon déroulement de l'événement – de quoi, s'il en était encore besoin, casser l'image du hacker solitaire reclus derrière son ordinateur.
Pendant cinq jours, sous les tentes du Ziegeleipark, on parlera beaucoup de sécurité informatique, la spécialité historique du CCC, et bien sûr, de surveillance, tant le Club est devenu ces dernières années l'un des principaux carrefours militants de l'opposition à l'espionnage de masse – en décembre 2013, son congrès annuel avait accueilli en duplex le journaliste Glenn Greenwald, qui a travaillé sur les documents de la NSA révélés par Edward Snowden. Mais on y pratiquera aussi l'électronique, la «bidouille» de machines à coudre, l'expérimentation culinaire… Car le hacking, rappelait la conférence d'ouverture, n'est «pas qu'une affaire d'ordinateurs», mais une histoire de curiosité.
«L'occasion de se retrouver»
Pour les Français de la Quadrature du Net, qui ont passé ces derniers mois à ferrailler contre la loi sur le renseignement, c'est l'occasion «de se retrouver, de faire d'autres choses ensemble et de rencontrer des gens qui font la même chose que nous, ou pas», sourit Adrienne Charmet, chargée des campagnes de l'association. Laquelle a établi ses quartiers – et son salon de thé, très fréquenté à toute heure du jour ou de la nuit – en compagnie de Tactical Tech, une ONG qui forme des militants des droits de l'homme aux technologies numériques, et de la fondation Courage, qui soutient les lanceurs d'alerte.
En fin de journée, Markus Beckedahl et Andre Meister, les deux journalistes du site Netzpolitik qui viennent de voir abandonnée l'enquête pour «haute trahison» qui les visait, donneront une conférence, qu'on imagine d'avance très suivie. En attendant, au milieu de l'après-midi, l'heure est plutôt à la détente, aux baignades en famille – les enfants sont nombreux – et aux discussions autour d'un thé ou d'un Club Mate, la boisson caféinée emblématique des rassemblements du CCC. Pendant la trêve estivale, les hackers et «hacktivistes» ne désarment pas, mais prennent le temps de recharger leurs batteries.




