La campagne présidentielle aurait pu prendre un tour policé. Hillary Clinton chez les démocrates, Jeb Bush chez les républicains : deux noms bien connus, des positions consensuelles au sein de leurs partis. Mais ce sont les outsiders qui mènent le train. Donald Trump, au début considéré comme un divertissement, est maintenant pris très au sérieux. Sa popularité, il la doit à son monothème xénophobe de campagne - l'immigration -, captant la peur de l'homme blanc de voir son pays se transformer (lire aussi page 2). Il la doit aussi à son style : l'outrage, la confrontation, le sarcasme, qui lui permettent de monopoliser les médias, façon cow-boy sans foi ni loi.
Dernière provocation en date, mardi, il a fait évacuer manu militari un journaliste de sa conférence de presse. Pas n'importe lequel : il s'agit du présentateur latino Jorge Ramos, l'une des figures de la puissante chaîne hispanique Univision, avec laquelle Trump est par ailleurs en procès (lire aussi page 3).
Sondages nationaux des principaux candidats aux primaires
Avec 22 % - voire 30 % selon le dernier sondage Reuters - d'intention de votes pour Trump à la primaire républicaine, les électeurs républicains semblent se tourner vers les extrêmes. Comme en 2010, lors du surgissement du Tea Party ? «L'attrait pour Trump s'étend bien au-delà de celui du Tea Party. C'est une rébellion, oui, mais elle a un goût légèrement différent de celle de 2010», affirme le Washington Post, qui a mené une étude comparative sur les deux électorats. Ainsi, les supporteurs de Trump sont moins conservateurs sur les valeurs que ceux du Tea Party, ils sont plus jeunes, gagnent moins d'argent et ont moins de diplômes. Ils sont surtout moins religieux et ne tiennent pas rigueur au candidat d'avoir opportunément fait volte-face sur l'avortement, en rejoignant, après avoir défendu ce droit, les «pro-life».
Une radicalisation est aussi, dans une moindre mesure, sensible à gauche : Bernie Sanders capte, à sa manière, le mécontentement vis-à-vis de la classe politique (lire ci-contre). Mais quand Trump joue la carte du déclin de l'Amérique et moque la «stupidité» des élus, Sanders axe son discours sur la dénonciation des inégalités, le pouvoir de Wall Street et la soumission de Washington aux lobbys. Sa popularité est croissante, mais sa base électorale - blanche, éduquée, bien à gauche - reste étroite.
Si les difficultés d'Hillary Clinton, qui demeure favorite pour l'investiture démocrate, se transforment en descente aux enfers, le parti cherchera une bouée de secours. Joe Biden ? L'actuel vice-président âgé de 72 ans, déjà deux fois candidat malheureux aux primaires en 1998 et 2008, est une figure populaire. Et il laisse planer le doute sur une éventuelle candidature, affirmant qu'il prendra sa décision courant septembre, forcément avant le premier débat entre démocrates, prévu le 13 octobre. Il a pour lui l'image, selon les sondages, d'un homme «digne de confiance» et «honnête», qui a su rester hors des scandales, malgré des décennies en politique. Mais sa propension à faire des gaffes constitue un handicap certain.
Biden, qui reste sous le choc du décès de son fils Beau, mort d’un cancer en mai à 46 ans, a rencontré en privé le week-end dernier la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, dont les sorties sévères contre les excès de Wall Street plaisent à l’aile gauche du parti. Depuis, la presse spécule de plus en plus sur un éventuel ticket Biden-Warren. De quoi embarrasser Obama et son entourage, qui avaient tout misé sur Clinton. Mais qui sauront sans doute réviser leur soutien si la favorite décroche.
Deez NUTS, 15 ans et 9%
Ce candidat restera virtuel mais il fait déjà 9 % dans les sondages : sous l’élégant pseudo Deez Nuts («ces couilles», en gros) inspiré d’un phénomène récurrent sur Internet - une vanne style «dans ton cul» -, Brady Olson, 15 ans, lycéen de Wallingford (Iowa), s’est enregistré le 26 juillet pour l’élection présidentielle de 2016, comme indépendant. L’institut de sondage Public Policy Polling l’a inclus dans ses enquêtes - avant de connaître son âge (il faut avoir 35 ans pour se présenter). Boosté par les réseaux sociaux et surfant sur le désenchantement des électeurs face au bipartisme, Deez Nuts arrive à 9 % d’intentions de vote en Caroline du Nord (sur 600 personnes interrogées, donc un sondage peu fiable) avec un duel Trump-Clinton, 8 % dans le Minnesota, 7 % dans l’Iowa. A Rolling Stone, il soutient qu’il poursuivra sa campagne «aussi loin que l’Amérique voudra la voir aller», expliquant : «Je n’ai vraiment pas envie de voir Clinton, Bush ou Trump à la Maison Blanche, alors j’essaye juste de me défendre.»




