La semaine dernière, une petite fille est née. Ses parents, des réfugiés syriens, en route vers une vie meilleure, lui ont donné le nom de Preseva (prononcez Precheva). C’est à Presevo, une petite ville du sud de la Serbie, peuplée en majorité d’Albanais, que la cohorte des réfugiés qui traversent les Balkans va se faire enregistrer, obtenant comme en Macédoine une sorte de laissez-passer valable soixante-douze heures. Dans le centre d’accueil, un bâtiment en dur qui fut autrefois le siège d’une usine de tabac ayant périclité – comme toute l’industrie de la zone – en raison des effets conjugués des guerres dans l’ex-Yougoslavie des années 90, des sanctions et de la mondialisation, une ambulance se présente de temps à autre devant le portail gardé par la police. C’est rarement l’annonce d’un heureux événement. La plupart du temps, il s’agit d’évacuer des personnes souffrant d’insolation ou de dysenterie, les principaux maux qui accompagnent les migrants dans leur périple au travers de régions caniculaires.
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Un petit préfabriqué offert par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), avec deux médecins et deux infirmières, détachés de leur hôpital, vient d'être mis à la disposition des déplacés qui, à peine débarqués de leur train à Tabanovce, dernière gare de Macédoine, ont fait quelques centaines de mètres à pied pour arriver sur une première aire de transit, à l'entrée du village de Miratovac. Difficile de parler de camp : une aire de terre battue dont on ose à peine imaginer ce qu'elle deviendra par temps de pluie, quelques tentes d'hiver, un don d'une association d'aide russe aux déplacés serbes des anciennes guerres yougoslaves, pas de toilettes, pas d'eau, pas d'électricité. «Nous ne voulons pas que les gens restent ici plus d'une heure», souligne Emmanuel Gignac, le coordinateur pour les situations d'urgence du HCR. Ce premier camp a pour seule fonction de soulager la pression sur le centre d'accueil situé en pleine ville où se font lentement les procédures d'enregistrement : empreintes, photos, documents. Parce que les arrivées sont désormais de 2 500 à 3 000 par jour.
«Il y a des barbelés, et plein d’autres dangers»
Sur l'aire de Miratovac, où les zones ombragées sont rares, l'énervement est à son comble. «Les gens ont peur, car ils entendent dire que la frontière avec la Hongrie est fermée, qu'il y a des barbelés, et plein d'autres dangers», explique Muhamed, un juriste de 35 ans qui a fui le pays, car il ne veut rien avoir à faire avec Daech, pour qui son «tee-shirt et [son] pantalon ne sont pas assez islamiques».
Alors nul ne comprend pourquoi il faut rester là trois, quatre, voire cinq heures, par des températures dépassant les 35 degrés. Face aux migrants, les policiers serbes se montrent souvent nerveux, élevant la voix, et «même distribuant quelquefois des coups», déplore Valon Arifi, un jeune militant d'une association locale d'aide aux réfugiés qui va souvent distribuer eau et nourriture à Miratovac. Autour du camp, s'accumulent bouteilles vides en plastique et détritus divers que nul ne songe à évacuer, donnant à l'ensemble une effroyable impression d'abandon. «Notre mission est de faire que l'accueil de toutes ces personnes soit le plus humain possible», dit Emmanuel Gignac.
Au centre d'accueil situé en ville, un «one stop center» comme il l'affiche, il y a maintenant huit guichets, situés dans des tentes, qui s'occupent des arrivants faisant, encore une fois, la queue au soleil. «Au début, tout cela se faisait au poste de police. Quand on voyait cent personnes, on avait déjà l'impression que c'était beaucoup», raconte Valon en parlant d'une époque révolue qui ne remonte qu'à trois semaines.
Trafics divers
Ces arrivées massives pèsent lourd sur le budget de la petite Serbie. «L'aide aux réfugiés représente 15 000 euros par jour», explique Dejan Milisavljevic, du commissariat aux réfugiés et aux migrations de Serbie, à Presevo. «Le reste est fourni par le HCR», explique-t-il. La Croix-Rouge participe également à l'effort commun.
Après cinq à sept heures passées dans le centre en dur, où ils ont trouvé des toilettes et des lavabos à ciel ouvert, les réfugiés vont enfin pouvoir se mouvoir. Une kyrielle d’autobus attend non loin des portes. Le trajet pour Belgrade coûte 25 euros. Il va falloir faire attention aux trafics divers, aux chauffeurs de taxi qui multiplient par deux à trois les prix ou qui promettent aux migrants de leur faire traverser la frontière hongroise sans encombre. Les chauffeurs de bus vérifient que chaque migrant a bien son laissez-passer. Dimanche soir, un bus a été bloqué pendant plusieurs heures, car six jeunes gens avaient cru pouvoir faire l’économie de quelques heures d’attente au centre en achetant à des profiteurs de faux laissez-passer.




