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Libération
Balkans express, étape 4

«Si on a quitté la Syrie, c’est pour pouvoir vivre»

Venus de Macédoine, les migrants rejoignent Belgrade en bus. Mais ils ne restent dans la capitale serbe que quelques jours, dans l'espoir de partir pour l'Allemagne ou les pays scandinaves.

Des jeunes migrants afghans dans un parc près de la gare des bus de Belgrade, le 1er septembre. (Photo Achilleas Zavallis pour Libération)
ParHélène Despic-Popovic
(envoyée spéciale sur la route des Balkans)
Publié le 02/09/2015 à 16h16

De la capitale serbe, le réfugié syrien ne retiendra que deux parcs, situés l'un en face de l'autre, le premier près de la gare des bus, le second en face de la faculté d'économie. Pour la plupart des migrants qui traversent les Balkans, il ne s'agit que d'un bref passage entre deux bus, celui qui les amène de Presevo, la première ville de Serbie où arrive le déplacé qui vient de Macédoine, et celui qui va les emmener vers la frontière hongroise, le sésame tant espéré mais aussi tant redouté vers l'Allemagne ou la Scandinavie.

Une rumeur continue d'aller bon train. «Pourquoi les Hongrois ne nous aiment pas, nous les Syriens ?» lance Ahmed à la cantonade. Lui, qui ne savait même pas il y a encore un mois où se trouvait la Hongrie, semble à avoir du mal à comprendre. Pourtant sa région ne brille pas non plus pour l'amour de son prochain. Un de ses compagnons d'infortune, Dia, rencontré en route, raconte qu'il a vécu quatre ans dans les Emirats arabes unis, où il avait trouvé un travail dans un restaurant, mais qu'il a dû partir parce que son visa n'a pas été prolongé. «Ils m'ont dit : vous les Syriens, vous ne faites que des problèmes.» Un autre de ses camarades intervient dans la discussion : «Je n'ai pas voulu non plus aller en Arabie Saoudite. Les gens y sont sympathiques, mais le gouvernement et sa police, non merci.»

La loterie

La traversée des Balkans, c’est un peu une loterie. A ce jeu, Dia fait plutôt partie des perdants. Pour avoir cru qu’il pourrait aller plus vite que le gros de la troupe, le jeune homme de 24 ans à la barbichette blonde taillée en pointe se retrouve sans un sou et sans papiers. Arrivé tard lundi soir à Presevo, la ville de population albanaise du sud de la Serbie, Dia n’a pas voulu perdre une nuit pour obtenir son laissez-passer de 72 heures ni attendre (quelquefois deux à trois heures) que le bus daigne s’ébranler après avoir rempli jusqu’à son dernier siège.

Lui et deux autres jeunes ont hélé un taxi qui, pour 20 euros par personne (trois fois le prix), les a conduits à Bujanovac. Le taxi les a arrêtés dans la nuit à quelques centaines de mètres du but. Le jeune homme n'avait sur lui qu'un billet de 500 euros. Pour rassurer les jeunes qui ont commencé à dire qu'il était «la mafia», le taxi a emmené l'un d'entre eux, disant chercher un bureau de change. Quelques mètres plus loin, le chauffeur a dit au jeune homme : «Maintenant tu descends ou je te tue.» Adieu billet ! «Si on a quitté la Syrie, c'est pour pouvoir vivre !», lance Ahmed.

Jusqu'à 1 000 migrants

La vie, Dia s'est vu plusieurs fois sur le point de la perdre au cours de son odyssée. Surtout quand il lui a fallu traverser la mer Egée. Balloté le long de la côte turque, il a fini par trouver un passeur pour l'emmener sur l'île non pas de Kos, mais de Chios. «Il nous avait promis un bateau de 9 mètres pour 35 personnes, on s'est retrouvé 45 sur un rafiot de 6 mètres. Il faisait nuit, on était assis les uns sur les autres. Et les vagues passaient par-dessus bord. Nous avons dû écoper. Et à l'approche de la côte, il nous a fait descendre dans l'eau. Femmes et enfants compris. Il nous a bien fallu une demi-heure pour arriver sur la plage.»

Pour le réfugié, Belgrade est un lieu où on passe, pas un endroit où on reste. Le nombre de personnes qui se reposent temporairement dans le parc, où ils trouvent tentes, eau potable, et aide médicale, varie de 300 à 1 000 au gré des départs des autobus vers le nord et les villes situées à la frontière de la Hongrie. Dia, qui commence à avoir faim et soif, se demande même s’il ne devrait pas retourner à Presevo pour faire la queue au centre d’accueil où la police délivre des laissez-passer. Jusqu’à ce qu’une bonne âme lui explique qu’il y a une station de police à proximité de la gare.

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