Le rôle de chef des armées et de chef de guerre a toujours réussi à François Hollande, comme on l'a vu notamment lors de la crise malienne. Alors que la guerre en Syrie nourrit le terrorisme autant que l'afflux des réfugiés vers l'Europe, le président français se devait d'annoncer un passage à l'action. Dès ce mardi commenceront «des vols de reconnaissance» de l'aviation française au-dessus du territoire syrien. «Ce que nous voulons, c'est connaître, savoir, ce qui se prépare contre nous et ce qui se fait contre la population syrienne», a expliqué Hollande lundi, annonçant qu'ensuite, l'aviation française sera prête à mener des frappes semblables à celles effectuées depuis un an en Irak.
Symbole. Cela ne changera pas grand-chose sur le plan militaire. En tout et pour tout, la France a effectué 200 frappes contre l'Etat islamique en Irak, ce qui est peu par rapport aux 6 500 bombardements de l'US Air Force. Le symbole est avant tout destiné à l'opinion publique. Mais si, comme le rappelle le président français, c'est en Syrie que l'EI «organise des attaques contre plusieurs pays, dont le nôtre», la plupart des réfugiés syriens installés en Turquie et dans les autres pays voisins ont moins fui les exactions des jihadistes que les bombardements du régime Al-Assad à coup de barils d'explosifs.
Les limites de la stratégie de la guerre aérienne des Occidentaux sont évidentes. En un an, ces frappes n'ont pas détruit, ni même véritablement affaibli, l'Etat islamique. D'où la question d'une intervention terrestre, alors même que les forces locales affrontant les jihadistes - les combattants kurdes, les milices chiites en Irak, l'Armée syrienne libre - ne suffisent à emporter la décision. Mais pour le moment, une telle intervention est hors de question, aussi bien pour les Américains (qui n'ont pas oublié le fiasco irakien) que pour la France. «Je considère qu'il serait inconséquent et irréaliste d'envoyer des troupes françaises en Syrie au sol. Irréaliste, parce que nous serions les seuls ; inconséquent, parce que ce serait transformer une opération en force d'occupation», a expliqué le président français en réponse à ceux qui évoquent une telle nécessité.
Préalable. Mais le tournant est aussi diplomatique. Comme l'a rappelé Hollande, il faudra à terme trouver une solution négociée à la guerre. Jusqu'ici Paris, isolé parmi ses partenaires, exigeait en préalable à tout processus de transition le départ de Bachar al-Assad. Depuis quelques mois, l'Elysée a infléchi sa position estimant, comme l'avait rappelé fin août le président, qu'il était indispensable de neutraliser le bourreau de Damas, mais que ce départ du pouvoir pouvait avoir lieu une fois le processus entamé.
«La transition politique, à un moment ou un autre, c'est le départ de Bachar al-Assad et la constitution d'un gouvernement d'union très large, sans bien sûr les groupes terroristes. C'est la position que nous voulons faire partager, aux Russes, aux Iraniens, puisque les Iraniens sont revenus dans le jeu diplomatique, notamment après l'accord qui est passé», a affirmé Hollande ce lundi. Le président français a déjà évolué depuis quelques mois sur ce point, estimant que rien ne sera possible sans l'implication de Téhéran, resté envers et contre tout, avec Moscou, le principal protecteur du régime.




