Nous sommes plus habitués à lire les expertises de Jean-Pierre Filiu, historien du Moyen-Orient dans des tribunes, qu’à le suivre à travers une BD. L’auteur de la Dame de Damas n’en est pas à son coup d’essai, il avait déjà sévi avec Cyrille Pomès, sur les printemps arabes. La Dame… est aussi un poème et une chanson interprétée par Sapho. L’action démarre comme un reportage, un 16 novembre 2010, à Daraya au sud-ouest de Damas, jour de «fête» et de commémoration du 40e anniversaire de la prise du pouvoir par la dynastie Al-Assad. Le lecteur est plongé dans le quotidien d’un pays en train de basculer dans le chaos. Plus qu’une traditionnelle vision surplombante de l’histoire résumée par celle des dirigeants ou des relations internationales, la narration est ici à hauteur d’homme. Une BD documentaire dont le propos n’en est pas pour autant neutre : à travers le parcours d’une famille, Filiu défend l’idée qu’il ne s’agit pas d’une guerre civile mais de la répression implacable d’une société par un régime totalitaire. Comme Godot, les héros attendent une hypothétique aide internationale.
La Dame de Damas de JEAN-PIERRE FILIU et CYRILLE POMÈS, éd. Futuropolis.




