La crise des migrants menace la coalition au pouvoir à Berlin. La décision prise par Angela Merkel la semaine dernière d’ouvrir les frontières aux migrants bloqués en Hongrie dans des conditions inhumaines a profondément divisé le gouvernement allemand. Le parti chrétien social, CSU, multiplie les attaques ouvertes contre Angela Merkel. Jamais la CDU (parti chrétien démocrate) et la CSU – qui sont alliées au sein du gouvernement fédéral – n’ont semblé aussi divisées que sur la crise des réfugiés.
Ouvrir la porte aux Syriens «a été une erreur dont les conséquences vont nous occuper pendant longtemps. Je ne vois pas comment on peut remettre le bouchon sur la bouteille, la situation a totalement dérapé», s'insurgeait la semaine dernière le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, invitant même le très contesté Viktor Orbán à participer à la prochaine réunion de la direction de la CSU. « Nous voulons réfléchir ensemble aux solutions à apporter» à la crise des réfugiés, insiste Seehofer, laissant présager de propositions nettement moins humaines que celles d'Angela Merkel.
«On n'a jamais vu une erreur politique d'une telle ampleur !» Cette fois, c'est Hans-Peter Friedrich, ancien ministre de l'Intérieur (CSU) d'Angela Merkel, qui monte au créneau : «La décision de laisser entrer des réfugiés en provenance de Hongrie, sans contrôle et sans les enregistrer, aura des conséquences cataclysmiques imprévisibles sur le long terme.» Et d'estimer que des combattants de l'Etat islamique ou des agents islamistes pourraient s'être ainsi infiltrés dans le pays. «Je suis convaincu qu'aucun autre pays au monde n'aurait pu se comporter de façon si naïve face à un tel danger.»
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66% des Allemands pour l’ouverture des frontières
Ces critiques, pour l’instant isolées, ne menacent pas encore la popularité d’Angela Merkel, alors qu’une majorité d’Allemands est toujours favorable à l’accueil des réfugiés syriens. Mais elles laissent entrevoir la possibilité d’une crise grave au sein de la coalition. Comme lors d’une autre décision «émotionnelle» d’Angela Merkel, lorsque la chancelière avait décidé l’abandon du nucléaire après l’accident de Fukushima.
Selon le Politbarometer de la chaîne de télévision publique ZDF publié en fin de semaine dernière, avant la fermeture des frontières allemandes dimanche, 66% des Allemands approuvent la décision de Berlin d’ouvrir les frontières aux migrants bloqués en Hongrie. Selon un autre sondage réalisé pour la chaîne publique ARD, 61% de la population ne voient pas les réfugiés comme une menace. La différence Est-Ouest est cependant marquée, 36% des Allemands de l’Ouest condamnant l’opération portes ouvertes d’Angela Merkel, contre 43% des habitants de l’ex-RDA. La semaine dernière encore, un bâtiment destiné à abriter des demandeurs d’asile a brûlé à l’est du pays, sans faire de victime. On compte quelque 400 agressions ou actes racistes depuis le début de l’année, dont la moitié en ex-RDA.
Débordé par un flux que rien ne semblait pouvoir arrêter, Berlin a donc fait volte-face en fermant ses frontières dimanche. Le ministère des Affaires étrangères notait depuis plusieurs jours avec préoccupation le développement sur les réseaux sociaux du Moyen-Orient de véritables campagnes, orchestrées pour certaines par le régime syrien, assurant que «l'Allemagne a besoin de bras», que le pays «accorde automatiquement un passeport allemand à tous les Syriens», que «tous les membres de la famille d'un réfugié ont droit à l'asile» ou même que Berlin viendra chercher les réfugiés sur place, en Turquie, au Liban ou en Jordanie, le tout illustré d'une photo du paquebot Queen Victoria. Berlin a tenté de réagir à ces campagnes de désinformation, avec une offensive sur les réseaux sociaux, d'Egypte en Afghanistan, rappelant que seul un tiers des demandeurs d'asile obtiennent aujourd'hui un permis de séjour dans le pays. Une campagne du même type lancée au printemps dans les Balkans avait permis de tarir le flux des migrants en provenance de ces pays.




