Symbole de la concentration de richesses, de la montée des inégalités dans le monde et du changement géopolitique : l'Asie-Pacifique compte plus de millionnaires que l'Amérique du Nord. Et ce nombre de super-riches se compte en millions… C'est ce que nous apprend une étude publiée ce mercredi par Capgemini et RBC Wealth Management. En 2014 donc, la région Asie Pacifique dénombrait 4,69 millions de millionnaires, contre 4,67 millions en Amérique du Nord. Au total, ces 4,69 millions pèsent à eux seuls 15 800 000 000 000 dollars (14,1 trillions d'euros), soit 15,8 trillions de dollars. Soit quelques milliards en moins que les 16,2 trillions détenus par les plus grandes fortunes nord-américaines.
Une hausse de 8,5% en un an qui ne prend pas en compte la chute vertigineuse des Bourses chinoises ni la décélération rapide de la croissance du pays ou les dévaluations récentes du yuan. Mais en Inde et en Chine, le boom des millionnaires atteint 17% de hausse depuis 2006. Pour la seule évolution entre 2013 et 2014, l’Inde a vu le nombre de millionnaires bondir de 26,3%, la Chine de 17,5%, l’Indonésie de 15,4% et la Thaïlande de 13%. Et cette tendance n’est pas prête de s’interrompre, selon l’étude : cette croissance devrait atteindre 10,7% annuellement d’ici 2017.
Dévastatrices inégalités
Cette étude vient une nouvelle fois appuyer l'idée que la concentration des richesses ne fait qu'accentuer des inégalités dévastatrices. En mai, l'OCDE, club des pays les plus riches, reconnaissait que ces inégalités n'avaient «jamais été aussi élevées» dans les pays de l'OCDE depuis que l'institution les mesure. Et rappelait que «moins d'inégalités» bénéficient à tous. L'étude de l'OCDE démontrait que les écarts de revenus et de richesses se sont creusés depuis le milieu des années 80 dans de nombreux pays, quelles que soient les périodes d'expansion ou de crises. Le revenu des 10% les plus riches est aujourd'hui 9,6 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres. Alors que dans les années 80, ce multiplicateur n'était «que» de 7 : «On estime que la montée des inégalités, entre 1985 et 2005, dans les 19 pays de l'OCDE analysés, a amputé la croissance de 4,7 points de pourcentage en cumulé entre 1990 et 2010.»
«Les inégalités sont la plus grande menace pour la paix dans le monde», confiait récemment Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, à l'occasion de la sortie de son livre intitulé la Grande Fracture (éditions Les liens qui libèrent). 1% de la population de la planète détiendra l'an prochain la moitié de la fortune mondiale, comme l'a démontré l'ONG Oxfam en début d'année. La part du patrimoine mondial détenu par les 1% les plus riches est passée de 44% en 2009 à 48% en 2014. S'il reste 52% aux 99% restants, la quasi-totalité de ces 52% sont aux mains des 20% les plus riches. Au finale, 80% de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5% des richesses.
Malgré la crise économique en Europe, le patrimoine privé des Européens n’a jamais été aussi prospère. Une autre étude, publiée par la banque suisse Julius Baer en octobre 2014, rappelait que ce patrimoine n’a jamais été aussi haut, avec plus de 56 000 milliards de dollars (49 900 milliards d’euros). Pire, les inégalités sont parties pour exploser davantage, le patrimoine des Européens devant atteindre 80 000 milliards d’euros d’ici à 2019, soit une hausse de 40%.




