Les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui regroupe 34 pays développés, vivent «une crise sans précédent en raison du nombre très important des réfugiés qui arrivent en Europe» mais ils ont la capacité pour la gérer, estime Angel Gurría, secrétaire général de l'organisation internationale, qui publie ce mardi son rapport Perspectives des migrations internationales 2015. On y lit que la crise actuelle prendra forcément fin, et qu'il faut déjà penser à l'après : «Ces migrants vont s'établir quelque part, et la question, ça va être l'intégration, l'intégration et encore l'intégration», a martelé Angel Gurría lors d'une conférence de presse ce mardi au siège de l'OCDE à Paris.
Pour lui, «il faut réfléchir à comment ces migrants pourront répondre à certains des besoins de l'Europe, par exemple le vieillissement de la population». Et c'est pourquoi il faut avant tout «les aider» : «Tout ce que nous pourrons investir en eux fera d'eux de bons citoyens de nos pays. Les dirigeants ne doivent pas avoir peur. La peur, c'est la pire des réactions. En ce moment, c'est une tragédie humaine mais ensuite, ça va être un défi d'intégration sociale et économique. Il ne faut pas y voir une dépense mais un investissement. Dès qu'on adopte ce point de vue, toutes les perspectives changent.»
Les mineurs isolés, 4% des arrivants
Au total des entrants, l'Allemagne (+20% en 2014 par rapport à 2013, +140% sur 2007) devient le deuxième pays d'immigration derrière les Etats-Unis. Concernant les réfugiés, ceux qui arrivent changent de nature : «Ils sont plus instruits que par le passé, et il y a un nombre plus grand de mineurs non accompagnés», qui représentent 4% des arrivées, souligne Gurría. Pour les demandeurs d'asile, la France n'est que sixième après avoir longtemps figuré dans le trio de tête. Avec 60 000 dossiers en 2014, elle est «le seul pays parmi les dix principaux pays d'accueil à ne pas avoir connu d'augmentation des flux de demandeurs d'asile».
Quid de l'afflux actuel ? «Je crois qu'il va y avoir plus d'un million de demandeurs d'asile d'ici la fin de l'année» en Europe, indique Stefano Scarpetta, directeur de la Direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales, selon lequel «450 000 peut-être l'obtiendront». L'OCDE dénonce néanmoins un «coût humain effroyable et inacceptable», puisqu'on compte déjà plus de 2 800 morts en Méditerranée cette année, après les 3 200 victimes de 2014.
Merkel pas responsable de l’afflux ?
Beaucoup attribuent l'accélération actuelle des arrivées aux déclarations d'Angela Merkel, qui affiche depuis fin août son hospitalité, mais c'est une erreur, estime le secrétaire général : «On est extrêmement injustes vis-à-vis des autorités allemandes, explique Angel Gurría. Attribuer à ce message le fait que des centaines de milliers de personnes veulent aller vers l'Allemagne, c'est manquer d'objectivité. Ces personnes étaient déjà en mouvement. Beaucoup de gens et de médias ont compris ce message comme "venez en Allemagne", mais je ne pense pas qu'il change la donne fondamentale.»
Laquelle est aussi simple que tragique : «La Syrie est un pays en train d'exploser, des villes sont en train de disparaître, des familles sont persécutées, il y a près de 300 000 morts, des millions de déplacés, et des centaines de milliers de personnes encore en Syrie cherchent à quitter le pays.» L'afflux n'est donc à ses yeux «que logique».
«Il faut faire plus pour les enfants des immigrés»
Si on regarde le total des entrées légales dans les 34 pays, elles ont augmenté de 6%, à 4,3 millions en 2014. Quant au taux d’emploi des immigrés, il s’est légèrement amélioré : +1,3% entre 2011 et 2014, contre 0,5% pour la population autochtone. Le taux de chômage, lui, n’a pas beaucoup changé : il reste 3,3% plus élevé pour les immigrés que pour les personnes nées dans le pays.
D'où le message de Gurría : «Il faut faire plus pour les enfants des immigrés. Ils ont du mal à s'intégrer, même la troisième génération ! C'est une source d'inquiétude. Il faut faire quelque chose !» Et le secrétaire général rappelle la «contribution énorme qu'apportent les migrants», notamment parmi les personnels de santé.




