Cela aurait pu être une nouvelle guerre froide sur fond de ruée vers l'or noir. Mais c'est une douche froide, glaciale, que vient d'essuyer Shell. Et une bouffée d'oxygène pour ceux qui militent, à la veille de la COP 21, pour une décarbonisation accélérée du monde. En décidant d'arrêter ses explorations (jugées «décevantes») en Alaska, le géant anglo-néerlandais de l'industrie fossile admet s'être bercé de trois illusions majeures.
L'équation économique. Shell aurait dépensé 7 milliards de dollars, notamment pour creuser Burger J, un puits de 2 000 mètres sous la mer des Tchouktches dans l'Arctique, à 250 km au large des terres de l'extrême nord-ouest des Etats-Unis. Sauf qu'avec un cours du baril en chute libre, extraire le pétrole dans des conditions si délicates tient de la gageure. Et si 20 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz se trouvent en Arctique, des pétroliers, Statoil, Gazprom ou Total, ont déjà jeté l'éponge. Plus que jamais, les grands extracteurs d'énergie fossiles doivent repenser leur portfolio d'activité.
L'équilibrisme politique. Même si les permis d'exploitation ont été délivrés par Bush, Obama aurait pu bloquer l'initiative et rendre cohérente sa lutte pour le climat. Il ne l'a pas fait en mai, s'attirant même les foudres d'Hillary Clinton dans un tweet en août. En dépit d'un Congrès très business as usual, Washington avait fourni un cahier des charges jugé trop contraignant par Shell. Sachant que celui-ci pourrait se durcir encore si Clinton intègre la Maison Blanche…
La duperie environnementale. Cette illusion consiste à faire croire qu'il est possible de s'extraire d'un new deal vert. Délicat pour Shell, cinq ans après la catastrophe de Deepwater Horizon de BP dans le golfe du Mexique. Entre nouvel activisme (le kayaktivisme, ou comment les militants cernent les plateformes en kayak) et pression sur les actionnaires et partenaires (Lego a cassé son deal en 2014 avec Shell), la mobilisation de la société civile peut payer. Comme le dit Greenpeace : «Ils avaient des milliards de budget; nous avions des millions de militants».




